Le souffle des créatures blessées

Le souffle des créatures blessées

On associe souvent le judéo-christianisme à un système cultivant la culpabilité. Ce qui a pu exister mais ne saurait épuiser le vertige commun du judaïsme et du christianisme : leur grande affaire n'est pas la faute, mais la chute.

Lorsque j'avais 20 ans, c'est-à-dire à la fin des années 1970, la qualification de « judéo-chrétien » était strictement péjorative. Nous étions de petits intellos de la fac de lettres, et nous maudissions, sous le nom de judéo-christianisme, un monstre religieux obscurantiste, répressif et punitif qui, depuis la nuit des temps, enfonçait les pauvres humains dans la honte et la culpabilité. La chose était particulièrement voyante en matière de sexualité. Nous considérions qu'il était bien temps de s'émanciper de telles fadaises, auxquelles avaient cru nos pauvres parents et aïeux.

Comme tous les lieux communs, celui-ci comportait sa part de vérité. Ceux d'entre nous qui étaient de milieu catholique avaient été obligés de dire à la messe « Mea culpa, mea culpa » (c'est ma faute) en se tapant du poing sur le sternum. Un « Bon Dieu » mesquin et susceptible nous reprochait à tout instant des « péchés » ridicules. Notre rejet du judéo-christianisme n'en était pas moins un ...

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« Je reste roi de mes chagrins », Philippe Forest, éd. Gallimard