Le Rwanda, 25 ans après

Le Rwanda, 25 ans après

Un excellent ouvrage de synthèse sur la mécanique génocidaire et la « guerre des mémoires ».

D'avril à juillet 1994, le génocide des Tutsi du Rwanda fit entre 800 000 et un million de victimes. Vingt-cinq ans plus tard, alors que des auteurs d'exactions sont encore condamnés, l'historien Florent Piton propose une remarquable synthèse et expose le processus d'extermination dans toute sa complexité. Pour en comprendre les rouages, il revient à la fixation des frontières et des identités née de la colonisation. « Hutu » et « Tutsi » étaient auparavant des catégories perméables, mais ces termes ont pris une connotation raciale, puis ethnique, qui a perduré bien après l'indépendance. Les Tutsi, minoritaires, se voient alors discriminés en représailles de leur relative faveur passée.

Au-delà du seul déroulé des événements, l'excellente analyse de l'auteur permet d'approcher au plus près la folie génocidaire, notamment dans ses dimensions transgressives - meurtres dans les églises ou encore viols de femmes par des enfants. L'auteur montre une communauté internationale plus prompte à évacuer ses ressortissants qu'à arrêter les massacres, et revient sur l'ambiguïté de la France, qui défend le caractère strictement humanitaire de l'opération Turquoise mais refuse d'ouvrir toutes ses archives. Florent Piton a l'art d'accompagner le lecteur dans son approche critique de l'historiographie. En interrogeant les différentes « guerres des mémoires », il donne à voir la difficile reconstruction d'un pays qui ne peut prétendre emprisonner tous ses bourreaux et dont la moitié de la population est née après le génocide.

Le génocide des tutsi au Rwanda, Florent Piton, éd. La Découverte, 248 p., 15€.

Entretien

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