Le Robinson cannibale de Defoe

Le Robinson cannibale de Defoe

Ce qui distingue le Robinson de Defoe, c'est son rapport aux « sauvages », qu'il qualifie d'aussi humains que ceux qu'il a « rencontrés dans le monde ».

l'île où Robinson fait naufrage est inhabitée, débarrassée par la fiction de toute présence étrangère et offerte à sa conquête. Notre héros ne tardera d'ailleurs pas à se déclarer « roi et seigneur de ce pays ». Les vestiges du navire échoué lui offrent les germes de l'ancien monde qui serviront à sa reconstruction. À bord de l'épave, il récupère de l'encre et se fabrique en premier une table et une chaise pour écrire, l'écriture étant, comme on sait, l'attribut mythique de la civilisation. Des grains d'orge, de riz et même de blé, sauvés providentiellement, métamorphoseront bientôt la flore équatoriale en ferme britannique. Certes, il y a sur l'île de l'aloès et quelques cannes à sucre sauvages, mais, contre toute vraisemblance et par la grâce ethnocentrique de la fiction, pas de manioc. Robinson n'aura donc pas à manger de la cassave comme un Indien et pourra cuire son pain. Defoe épargne ainsi à son héros la réalité des colons qui basculeront « de la civilisation du pain ...

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