Le mal de Naples

Le mal de Naples

La naissance de la Camorra napolitaine remonterait au XIIe siècle.

Il n'est pas banal qu'un essai courant du XIIe au XIVe siècle débute par la relation d'un fait divers survenu le 31 janvier 2005. Trois jeunes gens, menottés, sont traînés devant le portail d'un collège de Naples, agenouillés et abattus d'une balle dans la tête. Les assassins n'ont jamais été retrouvés.

La relation de ce crime sordide n'a rien de gratuit pour le médiéviste Amedeo Feniello, qui le situe dans la continuité d'un autre fait divers, advenu en 1343, qui, selon lui, signe l'acte de naissance de la Camorra, la mafia napolitaine. Ce jour-là, alors que la famine sévissait sur la ville, un navire génois en provenance de Sicile et chargé de céréales est assailli par une galée royale dont se sont emparés les membres de familles nobles de la cité. Le capitaine est égorgé séance tenante.

A priori, rien de commun entre un coup de main causé par une révolte frumentaire et une exécution signée par le crime organisé. Au contraire, démontre l'historien : au XIIe siècle, l'intégration de Naples au royaume normand de Sicile s'est négociée au prix de larges concessions de souveraineté aux grandes familles de la ville, qui régnaient sur leurs propres territoires, chacun marqué par des codes d'honneur et de solidarité propres. Si les dynasties qui se sont succédé au trône de Naples ont tenté d'y remédier, notamment au temps - fastueux pour la ville - des rois angevins, aucune n'est parvenue à éradiquer ces clans, porteurs d'un système politique sauvage, qui marque encore la structure mentale d'une ville incontrôlable.

NAPLES 1343, AUX ORIGINES MÉDIÉVALES D'UN SYSTÈME CRIMINEL, Amedeo Feniello, traduit de l'italien par Jacques Dalarun, éd. du Seuil, 280 p., 24 E.

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