Le livre Sterling

Le livre Sterling

Salué par une biographie et un cycle à la Cinémathèque, l'Américain Sterling Hayden (1916-1986) fait partie des acteurs qui ne s'aiment pas. Il se méprisait tout autant que son métier, et c'est toute sa force à l'écran : un colosse réfractaire, que ce soit dans Quand la ville dort, Johnny Guitare ou Docteur Folamour (il y joue le général qui déclenche la guerre atomique). Toujours les lèvres épaisses de Hayden font la moue. Il aimerait être ailleurs, mais où ? En mer. Né dans le New Jersey, il se passionne pour Conrad, Melville et Stevenson, dont il pourrait être un personnage, à la fois courageux et défait, impulsif et indécis. À 16 ans, il s'engage sur des chalutiers, avant de devenir second sur un yacht où il croise le cinéma, le bateau servant pour un tournage. En 1940, la Paramount le prend sous contrat sans qu'il ait à réellement choisir. Le jeune premier devient en plus un héros de guerre : ses compétences navales l'ont propulsé dans des opérations secrètes en Yougoslavie. Et ça se brise d'un coup. De retour aux États-Unis, il adhère brièvement au Parti communiste. En 1951, mis sur le gril d'une commission maccarthyste, il lâche d'anciens camarades. Miné par le remords et l'alcool, il continue à cachetonner pour le cinéma mais fuit régulièrement en mer. L'âge venant, il cabote en Europe sur une péniche qu'il arrime durablement à Paris. Il publiera deux livres d'écrivain (en français chez Rivages) : Wanderer, des Mémoires où il ne s'épargne pas, et Voyage, un roman de mer de 800 pages. Il se croyait une épave, quand il était un incomparable bateau ivre.

À LIRE

Sterling Hayden l'irrégulier, Philippe Garnier, éd. La Rabbia, 320 p., 30 E.

Nos livres

À lire : Révolution aux confins, Annette Hug, traduit de l'allemand Suisse par Camille Luscher, éd. Zoé