Le génocide rwandais, 25 ans après

Le génocide rwandais, 25 ans après

Le 7 avril 1994, à la suite de l'attentat qui couta la vie au président Juvénal Habyarimana, débutaient trois mois de massacres au Rwanda. Environ 800 000 tutsis selon l'ONU (un million selon le gouvernement rwandais) furent systématiquement assassinés. La mémoire de ce génocide continue de faire couler l'encre des documents et de la fiction alors qu'a émergé la « seconde » génération, celle des enfants des massacrés. Le rôle de la France dans ce génocide continue de faire polémique alors que les relations entre les deux pays commencent à se normaliser. Nous publions les critiques de trois ouvrages parus ces dernières années sur le sujet. 

Au Rwanda, les voix d'après

Critique de Un papa de sang par André Versaille (n°559, septembre 2015)

Une nouvelle immersion de Jean Hatzfeld dans les traumas du Rwanda : il se consacre cette fois-ci à la « deuxième » génération, aux enfants des massacrés et des massacreurs, qui doivent surmonter la disparition ou le silence de leurs parents, et ne parviennent pas encore à se parler.

Après avoir publié quatre livres sur le génocide des Tutsis, où il avait recueilli les témoignages de rescapés puis de tueurs, Jean Hatzfeld est retourné sur les collines de Nyamata pour écouter les enfants nés, pour la plupart, peu après les massacres de 1994. Enfants de victimes et enfants de tueurs. Un point commun : le génocide comme horizon arrière. Mais les uns sont nés victimes ; les autres, coupables. Avec la probité qu'on lui connaît, Jean Hatzfeld laisse parler les uns et les autres. Et ils racontent. Ils racontent comment, tutsi, l'on vit pratiquement sans famille ; comment, hutu, l'on vit avec des non-dits, puis avec des à-peu-près-dits autour d'un papa en prison. À la fois invisible et omniprésent, le génocide reste prégnant, et la deuxième génération ne peut que souffrir du poids de cet héritage.

Lire la critique de Un papa de sang par André Versaille. 

L'innocence au temps des manchettes 

Critique de Petit pays par Alain Mabanckou (n°571, septembre 2016)

À travers Gabriel, l'auteur raconte sa douce enfance au Burundi, avec un père français et une mère tutsie exilée du Rwanda voisin. Mais la famille se disloque en même temps que le « petit pays » bascule dans le chaos.

Gaël Faye était connu jusqu'alors comme musicien et auteur du magnifique album Pili Pili sur un croissant au beurre dans lequel on trouve le titre « Petit pays ». On y entend déjà le musicien clamer : « Alors petit pays, loin de la guerre on s'envole quand ? » Tout comme cette chanson, Petit pays est un roman très personnel et intime sur une enfance africaine traversée par des turbulences socio-politiques dans un des territoires les plus instables de la région des Grands Lacs : le Burundi. On se rappellera que, au début du XIXe siècle, le Burundi et le Rwanda ne constituaient qu'un espace, le « Ruanda-Urundi », empire colonial de l'Allemagne qui, après la défaite de celle-ci pendant la Première Guerre mondiale, fut confié par la Société des Nations à la Belgique, devenant alors une des provinces du Congo belge. Le Rwanda et le Burundi se touchent donc, partagent la même culture, les mêmes traditions, la même composition de la population (les Hutus, les Tutsis et les Twas) et, par voie de conséquence, les mêmes causes de conflits politiques.

Après un prologue marqué par les souvenirs des dialogues entre le narrateur, Gabriel, et son père sur la manière de distinguer un Tutsi d'un Hutu, une autre voix apparaît, adulte cette-fois, celle du même Gabriel, âgé maintenant de 33 ans : il vit en France dans « une cité dortoir et fonctionnelle » et décide de retourner au Burundi, ce « pays maudit » où, selon sa soeur cadette, Ana, il ne trouvera que des « fantômes et un tas de ruines ».

Lire la critique de Petit pays, par Alain Mabanckou. 

Le Rwanda, 25 ans après

Critique du Génocide des tutsi au Rwanda, par Maialen Berasategui (NML n°10, octobre 2018)

Un excellent ouvrage de synthèse sur la mécanique génocidaire et la « guerre des mémoires ».

D'avril à juillet 1994, le génocide des Tutsi du Rwanda fit entre 800 000 et un million de victimes. Vingt-cinq ans plus tard, alors que des auteurs d'exactions sont encore condamnés, l'historien Florent Piton propose une remarquable synthèse et expose le processus d'extermination dans toute sa complexité. Pour en comprendre les rouages, il revient à la fixation des frontières et des identités née de la colonisation. « Hutu » et « Tutsi » étaient auparavant des catégories perméables, mais ces termes ont pris une connotation raciale, puis ethnique, qui a perduré bien après l'indépendance. Les Tutsi, minoritaires, se voient alors discriminés en représailles de leur relative faveur passée.

Lire la critique du Génocide des tutsi au Rwanda, par Maialen Berasategui

 

Photo : Des objets ayant appartenu aux victimes exposées au mémorial Ntarama à Kigali © Jacques NKINZINGABO/AFP