Le fruit de ses entrailles

Le fruit de ses entrailles

La naissance d'un enfant, « que du bonheur » ? Une épreuve déchirante.

C'est l'histoire d'un corps, d'un ventre, d'une grossesse. Le récit d'une naissance traversé par l'idée de mort. Le Corps d'après est un roman venu des tripes au sens littéral : l'autrice y parle de ses entrailles en malmenant les nôtres. Si Virginie Noar n'est pas la première à mettre en pièces le fameux couplet « c'est que du bonheur » seriné aux futures mères, dans ce premier roman elle va très loin dans l'âpreté. Elle décrit les violences gynécologiques - ces agressions intimes -, la surmédicalisation, et sa propre incompréhension de femme à qui on intime l'ordre de « détendre son vagin ». Elle fait tout pour être une femme enceinte « convenable », malgré la peur de la mort, la sienne et celle de l'enfant, l'angoisse de ne pas retrouver son corps d'avant et les jouissances dont il était capable. L'écriture est sans fioriture, les descriptions peuvent être froidement cliniques. Le récit est ponctué de flashs mémoriels, une mère toxique, un père violent, une vie sexuelle chaotique commencée mal et trop tôt. Tout ressurgit au moment de donner la vie à une fille. Une petite fille comme celles à qui le livre est dédié. « Être une femme n'est pas un genre mais une fonction sociale : il y aura donc toujours quelque part derrière moi cette voix qui me dira quoi faire avec mon corps et mon vagin pour être une femme digne de ce nom. » Ce roman justement est un antidote, un guide pour fille rebelle.

 

À lire : Le corps d'après, Virginie Noar, éd. François Bourin, 248 p., 19 E.

Entretien

Photo : Frantz Olivié © DR

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