Le déni des alpages

Le déni des alpages

Trois générations de montagnards ont été frappées de « crétinerie » avant que la médecine pose un diagnostic.

« Crétin des Alpes ! » Ce topique du capitaine Haddock recouvre une réalité moins comique, explorée par Antoine de Baecque : un état de dégénérescence sévère qui a affecté des dizaines de milliers de montagnards jusqu'au début des années 1920. En 1788, le Britannique Thomas Martyn en dresse une typologie dans son Guide du voyage en Suisse : « Les imbéciles qu'on appelle crétins sont en grand nombre. Ici, les goitres ou cous enflés sont communs. La physionomie est difforme et sombre, et l'esprit dépourvu de toutes ses facultés. » Ces « monstres » n'étaient pas considérés comme tels par les autochtones, ils étaient intégrés aux villages, protégés comme des innocents supposés en contact avec Dieu.

Le XIXe siècle, celui de l'essor médical, hygiéniste et statistique, s'attaque à cette endémie. En 1850, on comptait en France 20 000 crétins et 100 000 goitreux. Ils sont arrachés à leurs biotopes et parqués dans des institutions asilaires ou éducatives, et on tente sur eux t ...

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