Le congrès de Los Angeles

Le congrès de Los Angeles

Des dissidents réunis en Californie s'empoignent sur l'avenir de la Russie, sous l'oeil goguenard de l'alter ego d'un exilé, interdit en URSS et mort en 1990.

À en croire Sergueï Dovlatov, « une part d'absurdité est nécessaire en toute chose » en ce monde. Dès lors, il appartient à chacun, « quelle que soit la situation », de lui opposer une part d'absurdité égale. Interdit de publication par le régime soviétique jusqu'à sa mort, en 1990, mais édité aux États-Unis, l'écrivain russe eut plus d'une fois l'occasion d'attester de l'ingéniosité de cette réaction. Dans La Filiale, récit autofictionnel où l'on décèle le regard distancé, ironique et désabusé qui nourrissait son humour et sa singularité, Sergueï Dovlatov cède sa place à un alter ego.

Dalmatov, émigré installé à New York, écrivain et journaliste dans une radio russophone, est envoyé en reportage à Los Angeles pour couvrir la tenue d'un congrès sur l'avenir de la Russie. Là, alors que l'URSS de Gorbatchev s'enlise dans la perestroïka, des dissidents russes, politiques, religieux et intellectuels, nationalistes et libéraux, se retrouvent pour participer à plusieurs tables rondes et débats avant l'élection, au terme du symposium, du président de la Russie future. Rapidement les voix des uns et des autres s'élèvent au gré d'échanges virulents pour interrompre, contredire, soutenir un point de vue extravagant ou exprimer une rancoeur. Tous font preuve de puérilité, et pourtant les thèmes abordés - censure, antisémitisme, crise agricole - ne sont pas de moindre importance. Surpris et amusés par ces discours, pastilles anecdotiques qui confèrent au récit son rythme entraînant, nous, lecteurs, nous rions beaucoup.

Notre impassible journaliste, quant à lui, impatient de rentrer chez lui, tente de se préserver d'une ambiance électrique où l'absurdité se fait reine. Mais l'absurde aime s'allier au hasard, et Dalmatov va se le voir imposer en la personne de son ex-femme, Tassia, débarquée de nulle part, une échappatoire dont il se serait bien passé. Un autre récit commence alors, qui déroule, dans un poétique va-et-vient entre passé et présent, les souvenirs touchants d'une relation destructrice avec une femme capricieuse, frivole, égocentrique mais charmante. Sergueï Dovlatov, génie de la raillerie et de l'autodérision, savait aussi écrire sa sensibilité et ses vulnérabilités.

LA FILIALE, Sergueï Dovlatov, traduit du russe par Christine Zeytounian-Beloüs, éd. La Baconnière, 136 p., 18 E.

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