L'ARGOT OU LA LANGUE DE LA FAIM

L'ARGOT OU LA LANGUE DE LA FAIM

Imprégnée des ténèbres de la ville, la langue de la rue rebute Hugo autant qu'elle le fascine. Dans Les Misérables,il parvient à la restituer sans simplement la singer.

Sous la profusion, dans le vertige d'une énonciation ivre d'elle-même, il y a comme le rêve d'une autre langue, d'une langue agrandie, travaillée en profondeur par un bouillonnement lexical ininterrompu. Et l'argot, qui joue un si grand rôle dans Les Misérables, qui lui déroulent un tapis ; l'argot, même s'il est décrit d'abord comme un cauchemar hantant le langage, vient ici tout naturellement au soutien de cette autre langue plus ample et plus précise que convoite Hugo. Dans l'énorme dissertation qui lui est consacrée au sein même du roman, l'argot est caractérisé comme « la langue laide, inquiète, sournoise, traître, venimeuse, cruelle, louche, vile, profonde, fatale, de la misère », mais en même temps c'est la langue des chants de Gavroche, c'est la langue dont Hugo, qui cite en renfort Balzac et Eugène Sue, dit qu'elle est la seule à même d'approcher les ténèbres où le crime s'enveloppe, la seule aussi à être imprégnée de ce fond de misère qui rôde aux marges de la vil ...

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Entretien

Photo : Frantz Olivié © DR

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