L'accoucheur du français

L'accoucheur du français

Hommage au lettré carolingien Nithard, petit-fils de Charlemagne, qui, le premier, a émancipé le français du latin.

Aussi éloquent que rigoureux, ce récit historique est un tombeau à la figure de Nithard, guerrier lettré du IXe siècle, que Bernard Cerquiglini invite à considérer comme le premier écrivain de langue française. Son engouement est communicatif : linguiste, il se fait aussi archéologue et historien pour nous emmener sur les traces du Carolingien, dont les ossements ont récemment été retrouvés à Saint-Riquier, dans la Somme.

Le génie de Nithard, petit-fils de Charlemagne, a été de percevoir la fonction sociale de la langue française, en prenant acte de l'émergence d'une langue autonome par rapport au latin. Consigner les Serments de Strasbourg en langue vernaculaire, alors que la langue de l'écrit et du savoir était le latin, revenait à accorder au français la « permanence du parchemin » et à donner accès au prestige à ce « patois d'illettrés ». Ces Serments, conclus entre Louis le Germanique et Charles le Chauve, marquèrent le début d'une nouvelle conjoncture politique fondée sur un espoir de fraternité, à la suite du déclin de l'autorité impériale et du latin comme langue unificatrice.

L'ouvrage permet de comprendre comment la langue devient un outil diplomatique et nous rappelle que « le choix des idiomes n'est pas dû au contexte langagier, mais au projet politique que l'on met en oeuvre en l'énonçant ». En revenant sur les origines du français au travers de la saga carolingienne, l'auteur fournit des éléments éclairants sur les débats autour de la langue de Molière.

L'INVENTION DE NITHARD, Bernard Cerquiglini, éd. de Minuit, 128 p., 15 E.

Grand entretien

Éric Vuillard

Éric Vuillard
« La Guerre des pauvres est une guerre qui n'est pas terminée. »