La Série noire, 70 ans à l'ombre

La Série noire, 70 ans à l'ombre

Dossier coordonné par Alexis Brocas. Si les grands livres ne vieillissent pas, puisqu'ils ont toujours l'âge de leurs lecteurs, qu'en est-il des collections ? La Série noire fête cette année ses soixante-dix ans. On pourrait la croire épuisée, cacochyme et perdue à l'heure où, pour se vendre, le suspense doit être chic (les romans noirs à l'eau de rose de Camilla Läckberg), biblique (Dan Brown), ou parascientifique (Dan Brown repetita). Pourtant, la ténébreuse septuagénaire ne nous a jamais semblé aussi juvénile. Elle qui, à ses débuts, publiait à la chaîne le tout-venant d'outre-Atlantique est devenue une vaste auberge criminelle - et souvent une auberge de jeunesse - où l'on parle beaucoup français et où cohabitent toutes les couleurs du roman noir.

 L'hyperréalisme de DOA, l'imaginaire dantesque d'Antoine Chainas, les intrigues mondiales de Caryl Férey, les notations sensuelles et érudites d'Ingrid Astier... La Série noire a su réunir l'avant-garde du crime d'aujourd'hui sans renier sa dimension commerciale initiale : les polars à la dure de Jo Nesbø ont su conquérir le grand public. Sans renier non plus ses classiques : Manchette demeure une référence cardinale, et l'ombre portée de son Tireur couché (1) solitaire se retrouve dans L'Ange gardien de Jérôme Leroy, lui aussi au service d'une mystérieuse officine, lui aussi amoureux d'une belle... mais pour le coup celle-ci, une jeune ministre noire, incarne notre époque. Et, si l'on doit trouver une préoccupation récurrente dans cette vaste production, c'est bien de se mesurer à la complexité croissante du monde actuel, à la fois interconnecté et fragmenté. Les auteurs de noir s'y donnent à plein : usant du crime comme d'un ouvre-boîte et de l' ...

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