La poétique du mort-vivant

La poétique du mort-vivant

Les statues et les cadavres s'animent, les vivants se figent, le bien et le mal s'inversent. Instable par essence, le monde gothique met au défi les certitudes du lecteur.

Né dans l'univers ordonné du XVIIIe siècle et, pour une large part, en réaction contre lui, le roman gothique déploie une poétique qui sape en profondeur la vision optimiste et rationalisée du monde comme mécanisme stable. C'est pourtant autour d'un emblème de solidité - le château ou l'un de ses avatars - que s'organise le récit gothique. Ainsi du premier en date, Le Château d'Otrante, de Horace Walpole. Or il est fréquent que ces bâtisses se transforment symboliquement en personnages et, comme eux, vivent, bougent, meurent, le cas échéant. C'est l'illusion de l'inanimé. Le château de Walpole, plein de mystère et d'énergie, agit, menace et finit par s'écrouler, comme le fera la maison Usher sous la plume de Poe. De même un portrait peut-il soupirer, dans Otrante, puis descendre de son propre tableau. Tout comme semblent vivantes les statues ornant le palais du foudroyant calife qui donne son nom au Vathek de Beckford.

À l'inverse, certains personna ...

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« Je reste roi de mes chagrins », Philippe Forest, éd. Gallimard