La poésie, une passion française

La poésie, une passion française

Si sa diffusion en librairie demeure restreinte, elle peut toujours compter sur de nombreux amateurs, dont l'ardeur est relayée par des festivals florissants et des sites web très actifs.

Aborder l'univers de la poésie en France, c'est entrer dans un monde de paradoxes. Qu'on en juge : plus de 100 000 personnes s'adonnent à l'écriture de la poésie, mais le tirage moyen des recueils édités est de moins de 300 exemplaires. Sauf exception, les « grands » éditeurs ont abandonné le domaine de la poésie, mais environ 530 structures éditoriales existent, sans compter les structures d'autoédition. La poésie est quasi absente des grands médias, mais des événements poétiques fleurissent en France, et pas seulement au printemps, parmi lesquels certains réunissent des dizaines de milliers de personnes. Elle a une image parfois passéiste et élitiste, mais une certaine jeunesse s'en empare et pratique le slam. Alors que, par le passé, elle a souvent été dominée par certains courants, elle n'a jamais été aussi diverse et plurielle qu'aujourd'hui. Donc, si la poésie est en crise, vive la crise ! Si la poésie est morte, vive la poésie !

La poésie est bien vivante

Aux dires des éditeurs, la poésie se vend peu. C'est une donnée qui se vérifie si l'on en juge par le tirage moyen d'un recueil de poésie. Mais en était-il autrement quand Rimbaud édita à l'Alliance typographique à Bruxelles, en 1873, le recueil Une saison en enfer ? Il est également vrai que, sur les 1 200 librairies en France, rares sont celles qui proposent un rayon de poésie contemporaine présentant un éventail de la production. Ils sont environ 130 libraires, tant en province qu'à Paris, des passionnés forcément, des militants même, à dédier des mètres de linéaire à la production poétique contemporaine. Ce sont les mêmes qui organisent des lectures-dédicaces où les poètes peuvent aller à la rencontre du public... Parmi les éditeurs les plus renommés, bien peu développent un fonds dévolu au genre. À côté de Gallimard et de sa célèbre collection, dirigée par André Velter, qui poursuit, par ailleurs, une politique d'édition de poésie contemporaine, ils se comptent sur les doigts de la main : Actes Sud, Flammarion, Le Mercure de France, Le Seuil. Viennent ensuite une dizaine de maisons d'édition ayant une production de plus de dix recueils par an. Ce sont Arfuyen, Bruno Doucey, Cheyne, José Corti, La Différence, Le Nouvel Athanor, P.O.L, Le Temps des cerises, Verdier et Le Castor astral - qui vient de voir sa constance récompensée par l'attribution à Tomas Tranströmer du prix Nobel de littérature et à Jean-Claude Pirotte du prix Apollinaire. Ceux-là font vraiment le métier d'éditeur de poésie, remplissant leur rôle de découvreurs de talents qu'ils accompagnent et encouragent. En dehors de ces éditeurs qui ont une activité économique significative, environ 500 structures, souvent associatives, dispersées sur l'ensemble du territoire, publient de la poésie. Généralement animées par des éditeurs eux-mêmes poètes - parmi lesquels Alain Breton à la Librairie-galerie Racine, Jacques Brémond, Cécile Ordatchenko et les éditions des Vanneaux, Mérédith Le Dez et MLD, Dominique Daguet et les Cahiers bleus -, ces structures cooptent par affinité les auteurs. Car l'édition poétique est vivante et bien vivante, même si elle n'est guère visible et se diffuse pour ainsi dire par capillarité. Le vrai problème de l'édition poétique est, en effet, celui de sa diffusion en librairie. L'économie fragile de ces structures éditoriales les empêche d'accéder aux services des sociétés de diffusion importantes, ce qui les condamne le plus souvent à l'autodiffusion et restreint leur visibilité en librairie.

Jean-Michel Place, lui-même éditeur, l'un des acteurs engagés depuis plus de trente ans dans la promotion de la poésie, publiait en 1984 sa deuxième enquête sur les revues littéraires. Il en référençait, à cette époque, 548. Il en reste aujourd'hui une centaine. C'est dire l'hécatombe. Au niveau national, si l'on excepte l'excellente revue animée par Michel Deguy, Po&sie, et le Cahier critique de poésie publié par le Centre international de poésie de Marseille, bien peu ont franchi le cap du XXIe siècle et, sauf à se réfugier sur la Toile, elles sont condamnées à des tirages aussi restreints que celui des recueils. La majorité d'entre elles, d'ailleurs, ne doit sa survie qu'aux aides à la publication apportées par les centres régionaux du livre et, au niveau national, par le Centre national du livre, où une commission spécialisée, composée de représentants de la « profession », dispense aides à la publication, à la traduction et à l'écriture. Gageons que, sans ces subsides, l'édition poétique serait moribonde ou presque. Mais qui, en France, est « poète » ?

Parmi les 100 000 personnes qui écrivent de la poésie en France, la Société des gens de lettres en référence 1 300 qui ont édité au moins deux recueils de poésie. Plus restrictive, la plus fiable des sources documentaires sur l'univers de la poésie, à savoir le Centre national de ressources pour la poésie, créé par l'association Le Printemps des poètes, en référence environ un millier qui ont édité quatre recueils. Et ce, sans compter les quelque 5 000 qui, le plus souvent en autoédition pour le pire et parfois le meilleur, ont publié un recueil. Pour quel public ?

La poésie est une fête

Mise au ban des circuits traditionnels de l'édition et de la diffusion en librairie, la poésie, pour faire entendre sa voix, a trouvé d'autres tribunes. Retrouvant ses origines - puisqu'elle est d'abord un art de l'oralité -, elle y est revenue. D'abord sur les tréteaux des « maisons de la poésie ». Elles sont une quinzaine en France qui, chaque année, proposent des centaines de spectacles, de lectures et de récitals, plus ou moins « théâtralisés ». Mais c'est surtout un événement national qui a permis à la poésie, il y a une dizaine d'années, de retrouver « droit de cité » dans l'espace public et sur l'ensemble du territoire, dans des métropoles aussi bien que dans des villes et villages. Il s'agit, bien sûr, du Printemps des poètes, qui a lieu chaque année au mois de mars. Cette manifestation d'envergure réunit et coordonne plus de 3 000 événements, dans les écoles, les bibliothèques, les théâtres et autres lieux. Éditeurs, associations, municipalités, auteurs se mobilisent chaque année pour permettre à la poésie d'être diffusée auprès du plus large public possible. Nombre de ces initiatives, devenues pérennes, ont tendance à se perpétuer au-delà du Printemps des poètes et à en engendrer d'autres tout au long de l'année, répondant ainsi au voeu de Jean-Pierre Siméon, son directeur artistique, pour qui toutes les saisons devraient être printemps de la poésie.

La coordination de l'ensemble des manifestations nationales - qui a déjà fait des émules en dehors de nos frontières - ne serait pas possible sans l'équipe permanente de l'association. Autour de Jean-Pierre Siméon et de Maryse Pierson, des personnes motivées et dévouées, tout au long de l'année, inventent et multiplient les événements. De la formation des bibliothécaires 1 867 bibliothécaires formés depuis 2003 aux actions éducatives dans les écoles, de la création d'un label « Villes et villages en poésie » cette année au concours Andrée Chedid du poème chanté, des journées d'initiation ou de perfectionnement à la transmission de la poésie aux débats-rencontres dans les salons du livre, l'équipe du Printemps des poètes se démultiplie pour donner goût à la poésie, pour favoriser sa transmission, aider au montage des initiatives prises localement, avec un oecuménisme permettant à toutes les sensibilités et formes d'expression d'accéder au public. Ses actions n'ont pour limite que les moyens humains et financiers dont elle dispose, c'est-à-dire les subventions qui lui sont allouées par les pouvoirs publics. Chaque année, un thème est choisi - « Enfances », en 2012 -, décliné en expositions, spectacles, lectures et éditions. Le Centre national de ressources pour la poésie est devenu, avec son site Internet, le lieu de documentation de référence ; il est sollicité, en permanence, par des auteurs, des éditeurs, des enseignants et des organisateurs d'événements.

La poésie tisse sa Toile

Parallèlement au Printemps des poètes, qui rend visibles les événements poétiques et favorise de multiples initiatives, nombre de manifestations ont vu le jour ou se sont développées La plus ancienne est le Marché de la poésie, qui se déroule chaque année au mois de juin à Paris. Créé il y a trente ans autour d'Arlette Albert-Birot, présidé par le poète Jacques Darras et l'éditeur Jean-Michel Place, animé par Vincent Gimeno-Pons, il est devenu, au fil des ans, le véritable salon du livre poétique et une manifestation culturelle d'importance, qui réunit près de 500 éditeurs, facilitant les rencontres entre auteurs et éditeurs. À l'ombre de Saint-Sulpice ou aux terrasses des cafés qui jouxtent la place, de nombreux projets éditoriaux ou d'événements s'élaborent. Chaque année, la poésie d'un pays y est à l'honneur - en 2012, ce sera le Mexique. Et, durant trois jours, ce n'est pas moins de 35 000 amateurs de poésie qui arpentent les allées du marché et assistent à une vingtaine d'animations, lectures, concerts ou débats, dans une atmosphère conviviale.

D'autres festivals ont vu le jour et se développent. La liste serait longue, de la Biennale internationale des poètes en Val-de-Marne, désormais animée par le poète Francis Combes, au festival Voix vives De Méditerranée en Méditerranée, animé par Maïthé Vallès-Bled, qui a réussi à communiquer son enthousiasme à la population de Sète et au-delà. Mais, plus encore que ces manifestations à vocation nationale ou internationale, ce qui est remarquable, ce sont les milliers d'initiatives prises dans des petites villes et des villages - de Rochefort-sur-Loire en Loire-Atlantique à Concèze en Corrèze, de Bazoches-du-Morvan à Durenque en Aveyron - qui, stimulées par le Printemps des poètes, dans une intimité conviviale propice à l'esprit de la poésie, permettent à des poètes et à leur public de se rencontrer.

Ayant déserté les rayons des chaînes de librairies, parfois mésestimée par les maisons d'édition, quasi absente des médias télévisés - le temps est loin où le poète Jean-Pierre Rosnay animait une émission, « Le club des poètes », à une heure de grande écoute - et radiodiffusés, hormis la radio de service public qui lui consacre de rares émissions à des heures indues, émissions de qualité ignorées tant par la presse quotidienne nationale que par les magazines - à quelques exceptions, dont Le Figaro, Valeurs actuelles et L'Humanité - , la poésie a su s'adapter et tirer profit des avancées technologiques que sont le web et les réseaux sociaux. Les critiques et les véritables connaisseurs de poésie ont pris, les premiers, l'initiative. C'est ainsi, par exemple, que Françoise Trocmé poursuit avec constance son travail de vulgarisation et de propagation grâce à son anthologie permanente et aux articles critiques de son site Poezibao. Jean-Michel Maulpoix, au-delà de son oeuvre personnelle, mène sur son site Jean-Michel Maulpoix et Cie maulpoix.net un remarquable travail critique d'élucidation de la poésie, tout en suivant l'actualité des parutions, des colloques et des émissions. Le site Poetica.fr, quant à lui, propose une sélection de poètes classiques et contemporains.

Ensuite, ce sont nombre de revues littéraires, exclusivement de poésie ou pas, ayant le plus souvent dû renoncer à leur parution papier, qui ont trouvé sur le web un nouveau support en même temps qu'un autre public. Parmi celles-ci : La Cause littéraire, Docks, Décharge, Aujourd'hui poème, Poésie/première.

Enfin, et c'est un phénomène remarquable, des centaines de poètes, reconnus comme tels, ont créé leur propre site ou blog, trouvant ainsi - la législation sur les droits d'auteur dût-elle sérieusement en souffrir - un public que le support conventionnel qu'est le recueil de poésie ne leur permettait plus d'atteindre. Et, pour finir, des milliers de « poètes du dimanche », comme les appelaient Aragon et Cadou, se sont emparés de cet outil, ainsi que la foule anonyme des lecteurs et amateurs de poésie, alimentant plus de 5 000 blogs et sites consacrés à la poésie. C'est ainsi que la Toile bruit, chaque jour, de milliers d'ondes, qui permettent à la poésie de se propager au gré des vents et des clics des internautes. Jamais, depuis que l'homme écrit, la poésie n'a été autant diffusée en France et dans le monde. Rimbaud, pour revenir à lui, qui avait diffusé à moins de dix exemplaires le recueil Une saison en enfer , n'en reviendrait pas.

La poésie réinventée

Avec Internet, notre société vit la plus importante révolution, depuis l'invention de l'imprimerie, de la diffusion de la culture. Tout le secteur éditorial scrute l'horizon et essaie d'inventer de nouveaux supports et de nouveaux médias. L'édition papier de la poésie a été, sans aucun doute, affectée par ces bouleversements avant les autres secteurs éditoriaux et plus fortement. Mais, non loin de succomber, la poésie est en train de renaître. En train de renaître dans ses formes d'expression. « L'écriture poétique est le lieu où se formule en permanence le rapport au monde et au sens », a écrit Jean-Michel Maulpoix. Qu'il s'agisse du slam ou du français venu d'autres contrées, grâce à cette mondialisation qui permet des échanges à l'échelle de la planète, ils sont des milliers à réinventer la langue poétique française et à confronter leurs écritures. Ils sont aussi des dizaines de milliers à la diffuser autrement.

Le temps n'est pas venu, non plus, dans cette société en perte de repères et en recherche de sens, où l'homme ne se posera plus de questions sur le sens de sa présence, ici et maintenant. Yves Bonnefoy, récemment, a déclaré : « La poésie, c'est ce qui reprend à la religion son bien. » La poésie, en effet, dans ce qu'elle pose de questionnements sur la présence ici-bas, dans le rapport qu'elle établit avec le sacré et dans l'espérance dont en définitive elle est toujours porteuse, détient une partie de la réponse. Non, la poésie n'est pas morte. Elle est au contraire bien vivante, parce que, plus que jamais, ainsi que l'écrivait le poète espagnol Gabriel Celaya, elle est « nécessaire comme le pain de chaque jour » - étant l'expression même de la vie.

 

Photo : Allégorie de la poésie de Charles Gumery au Palais Garnier © Manuel Cohen/AFP

Une aventure éditoriale

« Résister. Éditer. Écrire » est le sous-titre de l'ouvrage écrit par Bruno Doucey en hommage à Pierre Seghers. Ce pourrait être la devise de la maison d'édition qu'il a créée en mai 2010 et le manifeste de celle-ci. Depuis, ce sont dix-neuf recueils qui ont déjà jalonné cette aventure éditoriale. Bruno Doucey veut promouvoir une poésie « vivante et généreuse, ouvrant les horizons, ouverte et offerte à tous ». De James Noël Haïti jusqu'à Moncef Ouhaibi Tunisie et Corinne Hoex Belgique en passant par Maram al-Masri Syrie et David Rosenmann-Taub Chili, il montre, en cinq collections, les couleurs bigarrées de la poésie contemporaine, faisant la part belle à la poésie féminine. Une poésie métissée, rendant compte des bruissements du monde, sensible à l'actualité et à l'universel, c'est bien là le programme d'une poésie engagée, fidèle à l'esprit de résistance de Pierre Seghers. À travers la diversité de ses auteurs, venus de tous les horizons et repoussant sans trêve les frontières de la langue, la politique éditoriale de Bruno Doucey vise à faire valoir l'unicité de l'humanité et à bâtir un nouvel art de vivre ensemble. La naissance de cette maison est l'une des preuves de la vitalité enthousiaste de l'édition poétique actuelle en France. Pierre Seghers disait : « Si la poésie ne vous aide pas à vivre, faites autre chose » ; Bruno Doucey, suivant ses traces, a choisi, en nous faisant découvrir, sans exclusive, les diverses facettes d'une « poésie essentielle à l'homme autant que les battements de son coeur »

Viennent de paraître aux éditions Bruno Doucey

Rouge au bord du fleuve, Corinne Hoex, 64 p., 6,10 euros.

Que toute chose se taise, Moncef Ouhaibi, 64 p., 6, 10 euros.

Méditerranée, mère de la poésie

Depuis Homère, la Méditerranée, sur tous ses rivages, est la mer et la mère de la poésie. Maïthé Vallès-Bled lui a trouvé un berceau digne d'elle, en la ville de Sète, chère à Paul Valéry et à Georges Brassens, qui, en quelque sorte, sont les parrains du festival, relayés depuis la création de celui-ci par Sapho et Salah Stétié. C'est ainsi qu'en juillet, depuis 2010, s'élèvent, haut et fort, dans les rues, les jardins, les places, le port et jusque sur les bateaux, les « Voix vives De Méditerranée en Méditerranée ». Pendant une semaine, ce sont plus de 100 poètes, comédiens, chanteurs, conteurs, musiciens qui se répandent dans la ville pour le plaisir de près de 35 000 personnes. Une semaine où, dans les ruelles baignées d'ombre, sur les places rayonnantes de soleil, la population de la ville comme le public venu d'ailleurs découvre, dans la ferveur et la joie et à travers plus de 450 animations, spectacles et lectures, les voix multiples de toutes les Méditerranée.

Le festival, non content d'accueillir des poètes venus des pays riverains, en a agrandi le territoire à tous les pays, francophones ou autres, où la culture méditerranéenne a laissé des traces, favorisant ainsi un brassage des cultures et des êtres qui ont pour patrie une seule langue : la poésie. C'est ainsi qu'en 2011 des Sétoises et des Sétois, des touristes et des étrangers, assis côte à côte dans leur chaise longue, en pleine rue, ont écouté un poète palestinien et un poète israélien déclamer leurs poèmes sur la guerre et sur la paix, c'est ainsi que la poétesse Maria João Cantinho, du Portugal, a rencontré Abdulla al-Salem, venu du Qatar, à la terrasse d'un café. Et c'est ainsi que la poésie est une fête.

Le festival 2012 aura lieu du 20 au 28 juillet.

Jean-Pierre Siméon, passeur inlassable

Le nom de Jean-Pierre Siméon est tellement associé au Printemps des poètes qu'il l'incarne, il voyage tellement aux quatre coins de la France et du monde, dans les écoles, les bibliothèques, les théâtres, les festivals, pour promouvoir la poésie, que l'on en viendrait parfois à oublier que, derrière l'homme social et sociable, le passeur inlassable, le militant de la poésie sous toutes ses formes, se dissimule un homme qui trouve le temps d'en consacrer encore à cet exercice solitaire qu'est l'écriture poétique. Pourtant, depuis 1978 et son premier recueil, Traquer la louve, jusqu'au Traité des sentiments contraires en 2011, c'est bien une oeuvre que construit, recueil après recueil, le poète Siméon. Revendiquant l'influence de Paul Éluard, la poésie de Jean-Pierre Siméon est exigeante, non pas parce qu'elle serait hermétique, mais parce qu'elle ne se laisse aller à aucune facilité. Préférant le maniement des mots à celui des idées, frappant par la force de ses métaphores et par la musicalité de ses vers, il laisse à ses poèmes leur part de mystère, ouvrant ainsi le sens et permettant au lecteur de multiples interprétations. Inspiré par la musique de Schubert, le Traité des sentiments contraires est une oeuvre de la maîtrise et de la maturité. Perméable à toutes les formes et à tous les étonnements Jean-Pierre Siméon en appelle à la joie en ces termes : « Oh, laissons-la venir compagne jaillissant d'un buisson inconnu ». La nôtre est de le redécouvrir à chaque lecture.

À lire

Traité des sentiments contraires, Jean-Pierre Siméon, éd. Cheyne, 80 p., 15 euros.

Entretien

Photo : Frantz Olivié © DR

Frantz Olivié :
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Nos livres

À lire : Poésie, etc., Guy Debord, éd. L'Échappée, « La Librairie de Guy Debord », 528 p., 24 E.

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