La petite musique de l'inconscient, selon les surréalistes

La petite musique de l'inconscient, selon les surréalistes

Révolution dans les mœurs, dans les arts, dans la technique… Les Années Folles, qui font l’objet de notre numéro d’avril, sont marquées par un foisonnement d’inventions (parmi lesquelles la radio) et d’innovations artistiques. Le mouvement surréaliste participe à ce bouillonnement en explorant l’inconscient, au travers de la peinture, de la sculpture, de la poésie. Et la musique dans tout ça ? L’art des sons, dans les années 1920, est-il propice à représenter le moi profond ?

Par Manon Houtart

« Que la nuit continue de tomber sur l’orchestre », déclare André Breton dans Le Surréalisme et la peinture (1928). Ce qu’il reproche à la musique et aux « images auditives » ? Leur « manque de netteté et de rigueur », leur inaptitude à « fortifier la grandeur humaine ». Un comble pour le chef de file des surréalistes que de se faire le chantre de la netteté et de la rigueur. Et qu’en est-il des prétentions totalisantes de ce mouvement artistique ? Elles s’arrêtent là où la musique commence, semble-t-il. Coriace dans ses réticences à l’égard des formes sonores, André Breton dédaigne aussi la radio, ce « caquetage éhonté et nocif ». Or, dès ses débuts – concomitants des premiers pas du surréalisme –, la radio est pensée comme le médium du subconscient par excellence, propice à susciter le rêve chez l’auditeur. Une aubaine pour des artistes qui placent l’activité onirique au cœur de leur démarche ! Mais leur méfiance à l’égard de tout ce qui est populaire – qui n’est pas sans contradiction, d’ailleurs, avec l’idée d’une poésie à la portée de tous défendue au sein du Manifeste –, ainsi que leur dogmatisme et leur individualisme, dénoncés par le producteur radio Paul Deharme, les détournent de ce médium destiné à la masse. A l’opposé de l’« amusie » de Breton, les groupes belges comptent d’emblée le musicien André Souris parmi leurs rangs. « La matière musicale est plus propre qu’aucune autre à épouser fidèlement les mouvements intérieurs », écrit-il dans une lettre au poète Paul Nougé, qui le sollicite régulièrement pour mettre ses poèmes en chansons. En 1929, Souris réinvestit musicalement Quelques airs de Clarisse Juranville lors d’un spectacle à Charleroi, précédé d’une conférence du poète (récemment éditée aux éditions Allia), dans laquelle celui-ci s’interroge sur ce « mystérieux empire » que la musique exerce sur nous et qui nous mène à l’action. Les surréalistes français finiront par se mettre sur la même longueur d’ondes que les Belges : Robert Desnos investira l’art sonore dans une émission de récits de rêve sur le Poste Parisien, et Breton s’inclinera lui aussi devant les potentialités du médium en adaptant Nadja à la radio, actant ainsi la pleine réconciliation du surréalisme avec l’art des sons. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose.

 

À lire : La Conférence de Charleroi, Paul Nougé, éd. Allia, 80 p., 6,50€

 

Photo : Le rendez-vous de Chasse 1934. Debout : E.L.T. Mesens, René Magritte, Louis Scutenaire, André Souris Paul Nougé. Assises : Irène hamoir Marthe Beauvoisin et Georgette Magritte. Studio Rentmeesters. Bruxelles. © Collection particulière

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Photo : Frantz Olivié © DR

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