La pensée enténébrée

La pensée enténébrée

Paysages démesurés, courses-poursuites dépassant l'imagination, angoisses ou exaltations indicibles... Le gothic novel joue de vertiges à la fois pénibles et jouissifs. Il rejoint là de fort sérieuses préoccupations philosophiques du moment : celles de Burke et de Kant lorsqu'ils théorisent le « sublime ».

« Des rochers se détachant audacieusement et comme une menace sur un ciel où d'orageux nuages s'assemblent et s'avancent dans les éclairs et les coups de tonnerre, des volcans en toute leur puissance dévastatrice, les ouragans que suit la désolation, l'immense océan dans sa fureur, les chutes d'un fleuve puissant, etc., ce sont là choses qui réduisent notre pouvoir de résister à quelque chose de dérisoire en comparaison de la force qui leur appartient. » En 1790, lorsque Emmanuel Kant, dans Critique de la faculté de juger, décrit la quintessence d'un spectacle sublime (en un sens dynamique, c'est-à-dire au sens de la force que ce spectacle produit), ses images audacieuses et dévastantes énoncent ce qu'Alain Morvan nomme la « forme de sensibilité et même de vision » introduite par la littérature gothique. Vingt-six ans après la publication fondatrice du Château d'Otrante, de Horace Walpole, en 1764, les images kantiennes résonnent en écho à la lett ...

Pour lire l’intégralité de cet article
d’une marque et j’accède à l’article

Nos livres

« Je reste roi de mes chagrins », Philippe Forest, éd. Gallimard