La non-violence hors de combat ?

La non-violence hors de combat ?

De la chute du rideau de fer au Printemps arabe, on aurait pu imaginer des manifestations pacifiques débouchant sur un accroissement de la démocratie. Aujourd'hui, en Russie, au Soudan ou à Hong Kong, les mouvements sociaux se transforment en affrontements sanglants. En France, alors que les médias interrogeaient les gilets jaunes pour savoir s'ils condamnaient les débordements, ceux-ci leur répondaient en dénonçant les violences sociales et la réponse policière du gouvernement. Face à cet état du monde, la professeur de droit public Monique Chemillier-Gendreau s'inquiète dans Régression de la démocratie et déchaînement de la violence (Textuel). Pour elle, la démocratie induit une forme d'expression de la violence que l'État souverain ne permet pas. Elle cherche à définir une nouvelle architecture où les peuples pourraient s'exprimer dans leur diversité, en s'inspirant notamment des « sociétés pré-étatiques » aux chefs « sans autorité » étudiées par l'anthropologue Pierre Clastres. Bien plus radical, le philosophe libertaire américain Peter Gelderloos signe L'Échec de la non-violence (Libre) où il analyse les « révolutions d'aujourd'hui » (Occupy Wall Street, Black Lives Matter...). Pour lui, la non-violence protège l'État en épuisant la force des contestations. Sans faire l'apologie de la violence, il développe l'idée de la « pluralité de tactiques ». Une analyse qui dérange et qui éclaire, en ces périodes agitées.

 

Photo : © SUNNY MOK/EYEPRESS/AFP

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