LA NÉCESSITÉ DE NE JAMAIS ROMPRE CE FIL

LA NÉCESSITÉ DE NE JAMAIS ROMPRE CE FIL

Ni plan, ni projet, ni programme, mais le besoin de parler, « d'enchaîner les mots, pour échapper au vide mortel du moment ».

Enfant, le « journal » n'avait pour moi qu'un sens : la parcelle que mon oncle labourait en une journée. La ferme avait une cinquantaine de journaux. Ne demandez pas combien cela faisait d'hectares. Je savais seulement combien il fallait d'hommes et de temps pour lui faire rendre assez de blé pour nourrir la maison.

Rien de mystérieux. Les autres mesures furent longtemps, avant la Révolution, prises sur le corps humain et ses capacités, à la croisée entre l'espace et le temps : le pouce, l'empan, la coudée, la brasse, le pied... Le journal littéraire relèverait d'un autre univers, dans lequel je n'ai pénétré que bien plus tard, un monde où le temps vise à une durée - je n'oserais pas dire une « immortalité » littéraire - qui n'a plus rien à voir avec les saisons et leur retour. Est-ce si sûr ? Je pense à la culture. Dans l'ancien français, le mot « couture » désignait d'abord la culture, un domaine cultivé : c'était la zone que limitaient les chemins, comme l'habit bien cous ...

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« Je reste roi de mes chagrins », Philippe Forest, éd. Gallimard