La haine... par amour !

La haine... par amour !

Alors que l'interdiction des thérapies de conversion est actuellement envisagée, deux journalistes nous livrent le résultat de deux ans d'immersion dans ces espaces où l'amour de Dieu implique la haine de soi.

Dans Dieu est amour, les journalistes Jean-Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre – infiltrés parmi ceux qui veulent « guérir » les homosexuels – partagent le résultat de deux années d'enquête dans des groupes catholiques ou évangéliques qui s'adonnent aux thérapies de conversion promettant aux participants une libération du « mal » qui les rongent. L'homosexualité est conçue par ces pseudo-thérapeutes comme une maladie, une épreuve qu'il faut apprendre à surmonter, avec l'aide de Dieu, par le choix de l'hétérosexualité ou par celui de l'abstinence. On pourrait s'étonner que de tels rassemblements se déploient en 2019, alors que l'homosexualité a été retirée de la liste des pathologies psychiatriques par l'OMS en 1990 (1992 en France). Mais ce serait croire qu'il suffit de poser un diagnostic pour éradiquer une maladie, et prendre les choses à l'envers : notre reconnaissance de la pathologie sociale qu'est l'homophobie a moins de trente ans. On ne peut que se féliciter de la prise de conscience permise par ces journalistes, se féliciter aussi que l'interdiction des thérapies de conversion soit actuellement envisagée afin de donner aux victimes les moyens de porter plainte. Cependant, tout reste à faire. On n'arrête pas la haine et les préjugés à la seule force des lois. A fortiori quand ils sont intériorisés par ceux qui les subissent : la plupart de ces « martyrs de la chasteté » sont des volontaires convaincus de vivre dans le péché et prêts à tout pour y échapper.

Si thérapie il doit y avoir, ce ne peut être qu'une thérapie de groupe, contre l'homophobie. Un travail de longue haleine pour combattre un fléau qui cause encore trop de souffrances, d'agressions et de morts. Quant à ceux qui perpétuent la tradition consistant à nuire au nom de Dieu, on ne peut que leur souhaiter d'accomplir la conversion qui leur permettrait d'accorder leurs actes à leurs prêches, en cessant d'attiser la haine « par amour » et de détruire sous couvert de soin. En matière de sexualité ou de moeurs, l'histoire témoigne que ceux qui s'acharnent à uniformiser l'humanité en écrasant les individus sous le pilon d'une norme arbitraire sont du côté des bourreaux, et non des médecins.

 

Photo : Marche des fiertés en Pologne. © BEATA ZAWRZEL/NURPHOTO/AFP

À LIRE

DIEU EST AMOUR, Jean-Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre, éd. Flammarion, 304 p., 19,90 E.

Couverture du livre

Nos livres

À lire : Révolution aux confins, Annette Hug, traduit de l'allemand Suisse par Camille Luscher, éd. Zoé