La fin de tout

La fin de tout

La planète flambe. Apocalypse tomorrow ? L'effondrement, que racontait Jared Diamond, il y a de cela quelque quinze ans, est au moins devenu un filon éditorial. Rien ne va plus, faites vos jeux ! Les collapsologues sont des lanceurs d'alerte d'un genre particulier. Ils disent l'inéluctable et proposent en même temps des pistes pour éviter le pire. Comment tout peut s'effondrer : c'était le titre d'un livre à succès de Pablo Servigne et Raphaël Stevens. Les mêmes, avec Gauthier Chapelle, ont publié une suite : Une autre fin du monde est possible. « On va tous mourir mais, en attendant, on a de la lecture », commente le site Sens critique en proposant à ses lecteurs la liste des six opus qu'il convient d'avoir lus avant de sauter dans le vide. C'est là tout le paradoxe de cette littérature et de ceux qui l'incarnent. Ils sont prolixes et plaident pourtant pour la frugalité. On aurait pu imaginer l'inverse. Dès lors que tout est foutu, ne faudrait-il pas mieux céder à un ultime gaspillage ? À quoi bon s'économiser quand le krach final est à notre porte ? Dans un tout autre genre, Jean-Paul Engélibert propose en cette rentrée, à La Découverte, de « fabuler la fin du monde » ou, ce qui revient au même, de profiter de l'apocalypse qui s'annonce pour imaginer un autre « régime d'historicité », comme disait François Hartog. C'est que, après la fin, il y a autre chose que la fiction anticipe et nourrit de sa puissance critique. Ça s'appelle l'utopie. On peut en préférer la saveur un peu âpre à celle du No Future.

Fabuler la fin du monde, Jean-Paul Engélibert, éd. La Découverte,250 p., 20 E.

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À lire :Divers, Pierre Guyotat, éd. Les Belles lettres, 496 p., 27 E.