Tolkien contre Martin

Tolkien contre Martin

La chronique littérature

Alors que la série télévisée Game of Thrones touche à sa fin - tandis que la série littéraire qui l'a inspirée reste coincée en rase campagne -, on nous ressort les comparaisons entre l'Américain G. R. R. Martin (père du Trône) et l'auteur du Seigneur des anneaux, J. R. R. Tolkien (père de la fantasy). Et c'est toujours la même antienne : Tolkien, avec son camp du bien et son camp du mal, souffrirait d'un grave déficit en réalisme. Quand Le Trône de fer, avec ses intrigues machiavéliques et ses personnages à la moralité changeante, satisferait notre besoin de crédibilité. Pour moi, cette comparaison repose sur un contresens. Tolkien n'a jamais essayé de produire une oeuvre « réaliste ». Ce digne philologue, profondément croyant, voulait, entre autres, créer une mythologie préchrétienne. De là le bien, le mal, et le salut du monde comme enjeu. Ce faisant, il a inventé un genre... qui condamnait ses continuateurs à reproduire le même combat manichéen. Jusqu'à ce que Martin refertilise cette littérature médiévale fantastique en y injectant du réalisme. Les opposer n'a pas grand intérêt. Tolkien est, indubitablement, un grand écrivain, inventeur d'une nouvelle forme de littérature et d'une mythologie qui appartient aujourd'hui à l'imaginaire collectif. Et Martin est, indubitablement, un créateur d'une fécondité exceptionnelle, dont les livres alternent entre l'excellence et le franchement bâclé. Mais l'un a ouvert le chemin, et l'autre a suivi.

 

Photos : Le Seigneur des anneaux © New Line/Saul Zaentz/Wing Nut/The Kobal Collection/Vinet, Pierre/Aurimages - Game of Thrones © HBO/BBQ_DFY/Aurimages

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« Je reste roi de mes chagrins », Philippe Forest, éd. Gallimard