Retour de l'imaginaire

Retour de l'imaginaire

C'est la dernière rumeur apocalyptique en vogue dans le milieu littéraire : pressés par leurs dirigeants, les éditeurs ne chercheraient plus de nouveaux auteurs mais de nouveaux sujets. En somme, fini le temps où la qualité d'un style, d'un univers entraînait forcément une publication et où il était établi que peu importait le thème pourvu que l'on trouve un authentique écrivain derrière. Désormais le livre doit parler de quelque chose dont parleront les médias quand ils n'en parlent pas déjà. Vous avez lu les anciens, étudié leur prose et forgé votre style entre imitation des maîtres et quête tâtonnante d'une voix intérieure ? Devenez enseignant si vous ne l'êtes pas déjà, et gardez vos velléités littéraires pour les kermesses et vos besoins d'expression pour le divan. Vous êtes issu d'une minorité, d'un recoin inexploré de la société, vous racontez sans pathos la terrible affaire dont vous avez été témoin ou protagoniste, qui éclaire sous un jour nouveau les débats qui déchirent la France ? Écrivez et faites monter les enchères. Pourtant, nos premiers coups de sonde dans la rentrée de septembre ne confirment pas ces craintes. On y assiste même à un étonnant retour de l'imaginaire en littérature, utilisé pour commenter le monde contemporain par la bande. Et si on se fiait aux écrivains pour pointer les saillances de l'époque ou de celle à venir ? D'Orwell à Houellebecq en passant par Asimov, ils ne semblent pas avoir tant démérité.

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« Je reste roi de mes chagrins », Philippe Forest, éd. Gallimard