La chronique littérature

La chronique littérature

Un biais de pensée nous pousse à imaginer les écrivains selon leurs oeuvres. Nous lisons Kafka et nous nous le figurons comme un être pâle, taciturne et peu doué pour la vie… jusqu'à ce que des biographies nous expliquent que, oui, il arrivait à Kafka de rire, oui, il avait des amis et même une vie sexuelle, non, il n'était pas atrocement oppressé par son travail. D'où nous vient, alors, ce sentiment d'avoir été floué ? Faut-il qu'une oeuvre sombre soit consacrée par le malheur de l'auteur pour qu'on la prenne au sérieux ? Le même phénomène se produit avec l'Américain Howard Phillips Lovecraft, inventeur de l'épouvante en littérature. Jusqu'ici, mon Lovecraft – et, je crois, celui de tous ses lecteurs – avait peu ou prou l'allure du Lovecraft décrit par Houellebecq dans Contre le monde, contre la vie : un reclus-né, inapte au rire et au contact humain, mais qui sut sublimer ses névroses par une oeuvre d'une noirceur sans précédent. Et voilà qu'une magistrale biographie – signée S. T. Joshi, parue aux éditions ActuSF, et sur laquelle nous reviendrons – vient tempérer cette vision. Son premier tome montre un jeune Lovecraft joyeusement indiscipliné, jouant au petit chimiste et au détective avec ses amis, sillonnant les routes à bicyclette, saisissant toutes les occasions d'épater les adultes ou de les faire tourner en bourrique... Cela rend-il l'oeuvre moins effrayante ? Non. Cela la rend plus émouvante, et son auteur plus humain.

Grand entretien

Claire Marin © HANNAH ASSOULINE/Ed. de l'Observatoire

Claire Marin
Auteure de Rupture(s) (éd. de l'Observatoire)

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