La chronique littérature

La chronique littérature

Un cliché explique ainsi la différence entre romanciers américains et français : quand les premiers prennent la plume, c'est pour écrire une histoire, tandis que pour les seconds, c'est pour faire acte de littérature. Ce poncif contient une vérité. Il explique en partie pourquoi les Américains écrasent le marché mondial. J'ai rencontré une agente américaine spécialisée dans la vente de polars US aux éditeurs français. Je lui ai demandé si elle avait envisagé de vendre des romans français aux éditeurs américains. Réponse horrifiée : « Impossible, vos auteurs sont trop introspectifs. » Comme si c'était un gros mot ! Ce souvenir me donne envie de parler d'un roman typiquement français, c'est-à-dire très personnel jusque dans son titre, Je veux rentrer chez moi, œuvre de l'excellent et discret Dominique Fabre, il raconte la disparition d'un ami, parle des fantômes de l'adolescence, de la mélancolie des amitiés, des bars qui changent de propriétaire, de gens dont on a tout oublié, sauf leur façon de serrer la main. Tout cela dans une forme qui se soucie peu de chronologie mais ne nous égare jamais, qui touche à l'intime sans donner dans l'impudeur… « Trop introspectif », objecterait sans doute l'agente américaine. Alors, pourquoi ce roman nous touche-t-il autant que s'il nous parlait de nous ? Magie de l'introspection, quand, au lieu de l'exclure, elle renvoie le lecteur à ses propres émotions.

 

À lire : Je veux rentrer chez moi, Dominique Fabre, éd. Stock, 160 p., 17 €

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Ceux qui restent, Benoît Coquard, La Découverte, 280 p., 19 €.

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