La chronique cinéma

La chronique cinéma

Un pneu mu de pulsions meurtrières (Rubber), une cassette VHS retrouvée dans les entrailles d'un sanglier (Réalité), un interrogatoire de police qui vire au théâtre de l'absurde (Au poste !)… Quentin Dupieux cultive comme cinéaste un terrain singulier, entre netteté du trait et nonsense, art brut et vintage chic, Daft Punk et Buñuel. Non sans prêter le flanc aux soupçons du clip étiré, de l'exercice de style. Ses mises en abyme systématiques pouvaient finir par réduire ses films à des boîtes, certes à double fond, mais vides aussi. Sa nouvelle réalisation, Le Daim, redonne vigueur et nécessité à l'ensemble de ses visions. Il y a encore un film dans le film, mais ce n'est plus une pirouette, plutôt le mensonge d'un demeuré qui vire à l'horreur. Un homme en rupture générale (Jean Dujardin), venu acheter un blouson « 100 % daim » d'occasion au fin fond d'une station de ski déserte, y reste et tourne en rond, en une sorte d'autoérotisme vestimentaire, tout entier dédié à son déguisement de trappeur pelé, sa « tuerie », son « style de malade » – métaphores qui finissent par se concrétiser. Pour justifier son surplace compulsif et vaguement draguer une barmaid désabusée (Adèle Haenel), l'homme se prétend cinéaste en repérages. Cela serait sans grande conséquence si l'aventurier de bazar ne parlait et bientôt ne donnait la parole à son vêtement fétiche. La blague déconnante devient sketch cosmique et renouvelle la figure du serial killer, sur le fil entre burlesque et morbidité – grâce auquel Dujardin retrouve son génie premier de l'imbécillité, devenue inquiétante.

LE DAIM, un film de Quentin Dupieux, avec Jean Dujardin, Adèle Haenel... Durée : 1 h 17. En salle le 19 juin.

Grand entretien

Claire Marin © HANNAH ASSOULINE/Ed. de l'Observatoire

Claire Marin
Auteure de Rupture(s) (éd. de l'Observatoire)

S'abonner au magazine

S'abonner au magazine