La chronique cinéma

La chronique cinéma

Un an après sa présentation au précédent Festival de Cannes, Le Livre d'image de Jean-Luc Godard est enfin visible par tous, en streaming sur le site d'Arte. Ce mode de diffusion n'est pas incongru, tant ce nouveau film s'apparente à un message crypté, chuchoté en voix off par le cinéaste. Godard y retrouve la caverne des Histoire(s) du cinéma (1988-1998). Entre oracle et DJ fou, entre riffs et scratchs, le cinéaste y malaxait et sculptait des bribes de textes et de musiques, de films et de tableaux. Il était déjà dans le streaming, dans le flux : pas seulement celui de son cerveau, mais celui de tout un siècle. Seule manière pour lui de saisir le grandiose incendie du cinéma, mais aussi son aveuglement devant les camps nazis. Le cinéma était-il donc condamné, et les Histoire(s) étaient-elles son tombeau ? La pythie n'était pas si unanime, d'autant que les aveugles peuvent devenir devins. Et voyez, vingt ans plus tard, d'autres éclairs surgissent dans le noir. Le dernier chapitre du film, dont le titre est une antiphrase (« Heureuse Arabie »), augure encore d'un aveuglement, d'autres horreurs éludées. Nouveau procès des icônes ? Ce Livre les brutalise, les guillotine, les fait saigner aussi. Tout cela vibre encore pourtant. Godard demeure ce drôle de vandale amoureux, sacrant et détruisant à la fois. Il annonce que son film se déploiera comme les cinq doigts de la main. Mais avons-nous encore des mains ? Godard plonge les siennes dans les ténèbres et frotte les images comme des silex, à défaut de les bénir sans condition.

LE LIVRE D'IMAGE, un film de Jean-Luc Godard, en streaming sur Arte + 7, jusqu'au 22 juin.

Grand entretien

Claire Marin © HANNAH ASSOULINE/Ed. de l'Observatoire

Claire Marin
Auteure de Rupture(s) (éd. de l'Observatoire)

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