La carte de presse

La carte de presse

Entré dans le journalisme par défaut, Camus se révéla un enquêteur précis et engagé, qui sut toujours éviter les péchés capitaux de la profession, le « off » et la connivence.

Camus ne voulait pas devenir journaliste. Quand, à l'été 1938, Pascal Pia, jeune routier de la presse chargé par un cercle d'intellectuels algérois de fonder le quotidien de gauche Alger républicain, veut le recruter, Camus, privé d'agrégation pour cause de tuberculose, hésite entre « ça et se suicider ». Ce sera « ça », et tant mieux : à Alger républicain, Camus trouvera à la fois une famille, un lieu où épanouir son talent, et une licence pour s'attaquer aux travers de la société coloniale algérienne. Et il est émouvant de relire ces articles, bien oubliés, où le jeune journaliste de 25 ans se paie le maire d'Alger, Augustin Rozis, fanatique de Franco et allégorie vivante d'une administration quasi féodale ; émouvant de voir Camus échanger une cigarette avec un bagnard, dans la cale d'un bateau en partance pour Cayenne. Camus n'a pas encore construit sa philosophie, mais déjà le sens de la justice l'anime : lui qui n'est pas favorable au nationalisme algérien déf ...

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À lire :Divers, Pierre Guyotat, éd. Les Belles lettres, 496 p., 27 E.