La Boétie, ou l'amitié comme deuil

La Boétie, ou l'amitié comme deuil

L'ami perdu est à jamais présent, par son absence même. À rebours d'une idée reçue, entre Étienne, dont la mort fut le déclencheur des Essais, et Michel, il y avait plus d'âme que de corps.

Essais n'auraient pas vu le jour. C'est du moins ce qu'en écrit Montaigne dans « De l'amitié » (I, XXVIII), qu'il substitua à la publication du Discours de la servitude volontaire, empêchée, dit-il, par la rudesse des temps : les protestants avaient pris pour flambeau ce brûlot contre la monarchie rebaptisé par eux Le Contr'un, que La Boétie avait rédigé à 16 ou 18 ans (et qu'ensuite il remania peut-être, rien n'est clair dans cette affaire). Un texte de jeunesse en tout cas, hissant son auteur au rang de « Rimbaud de la pensée », selon Pierre Clastres (1), l'anthropologue spécialiste des tribus indiennes, qui soulignait par là sa précocité et la fulgurance de son analyse de l'État : un monstre extérieur à la société, construit contre elle, et dont les hommes, libres par nature, acceptent avec une énigmatique docilité d'être les serfs.

C'est la rumeur flatteuse dont bruissait le Discours qui a donné à Montaigne l'envie de c ...

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