Jean-Luc Coatalem : Nouilles froides à Pyongyang

Jean-Luc Coatalem : Nouilles froides à Pyongyang

À neuf heures du soir, il n'y a, en effet, plus que l'obscurité (1). À croire que cette ville de plus de deux millions et demi d'habitants ne serait qu'un vaste décor inhabité, momifié depuis les années soixante - un quart de la population aurait de l'électricité chez elle. Aucun bruit. De très rares voitures passent dans le halo sans éclat de leurs phares. Nulle fenêtre ou enseigne allumée sur des kilomètres à la ronde. Dans la nuit charbonneuse, je ne distingue plus que le phare scintillant du Juche (une flamme symbolique de quarante-cinq tonnes dressée à cent cinquante mètres de hauteur (2)), les arches d'un pont, les mosaïques à la gloire des leaders que des spots illuminent par en dessous, et le reflet de nos étages qui marbre d'une lueur tremblée le fleuve Taedong, silencieux. Opaque lui aussi.

L'hôtel est quasi vide et ses couloirs de moquette rousse désertés. Trois étages sont éclairés - j'imagine qu'en fonction des remplissages, on les ouvre ou non, en regroupant les ...

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Entretien

Photo : Frantz Olivié © DR

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