Un nouveau trésor de Sade

Un nouveau trésor de Sade

Une centaine de pièces du marquis de Sade, dont certaines écrites de la main même du célèbre libertin, ont rassemblé près de 400000 euros ce mercredi.

Les espérances de la famille du marquis et de la société Tessier Sarrou de rassembler plus de 600000 euros ont été quelque peu déçues, puisque les ventes n’ont atteint que la «maigre» somme de 403 440 euros. Elle offrait pourtant un précieux choix de manuscrits, tableaux, pièces de théâtre, et mêmes d’œuvres inédites, comme le manuscrit Les coquilles d’œuf, seul conte jamais écrit par le marquis, estimé à 10000 euros mais vendu à seulement 5850 euros. Une de ses listes de courses, commandée depuis sa prison du donjon de Vincennes, destinée à meubler son cachot d’«un coussin pour le croupion» et «de grandes bougies de nuit» a été vendue pour 7150 euros.

Car même incarcéré, l’homme de lettres n’a jamais cessé d’écrire : rappelons que le manuscrit des Cent Vingt Journées de Sodome avait été conçu en prison. Alors qu’une peinture du père du marquis a été adjugée pour 39000 euros, l’une de ses cinq pièces de théâtre mise en vente mais jamais mise en scène a laissé les acheteurs de marbre. Tout comme son fauteuil, estimé à 40000 euros, qui n’a pas trouvé de nouveau propriétaire. Nous sommes bien loin des enchères de la chaise de bois sur laquelle J.K. Rowling a écrit la saga Harry Potter, vendue à près de 344000 euros… Le patrimoine conserve lui son intérêt pour la grande littérature, puisque la BnF a acquis deux pièces de la vente : un carnet de visites des années 1769 et 1770 du couple Sade, ainsi qu’un mémoire des dépenses faites par le marquis incarcéré à la Bastille entre 1783 et 1788, pour un total de 7050 euros.

Les attentes financières, qui accompagnaient cette vente aux enchères, n’ont donc pas été pleinement satisfaites, mais ont tout de même permis d’offrir une nouvelle vision de l’auteur, notamment grâce à ses pièces de théâtre, L’égarement de l’infortune (1781), et L’union des arts ou les ruses de l’amour (1810), qui comportait de nombreux passages musicaux. Cet aspect de son œuvre a ainsi été mis en lumière, éloignant les préjugés qui accompagnent son légendaire boudoir. Car celui qui est, pour certains, le chef de file des libertins, est pieds et poings liés à ses frasques dans la mémoire collective : séjours carcéraux ou à l’asile psychiatrique, écrits licencieux, et expériences douteuses en compagnie de prostituées ont tendance à faire de l’ombre à ses textes méconnus.

Dans le passé sa famille dissimulait nombre de ses écrits, aujourd’hui ses descendants ont décidé de conférer une nouvelle dimension à son œuvre. «Toute leur vie, nos parents se sont battus pour faire connaître Sade, contre les préjugés, contre les mensonges et pour la vérité (...) Ils ont donné mission à leurs cinq enfants de continuer ce combat pour la connaissance», expliquait Thibault de Sade. Leur patronyme ne devrait plus se contenter de rimer avec le libertinage, mais avec liberté.

Amélie Cooper

Image : Portrait du marquis de Sade, Anonyme, XVIIIe siècle, collection particulière

 

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Claire Marin © HANNAH ASSOULINE/Ed. de l'Observatoire

Claire Marin
Auteure de Rupture(s) (éd. de l'Observatoire)

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