Imre Kertész, l'homme-texte

Imre Kertész, l'homme-texte

Disparu l'an dernier, le prix Nobel hongrois, rescapé d'Auschwitz, se voua à l'écriture pour témoigner, mais surtout dire une absurdité fondamentale et survivre tout en portant le deuil de l'humanité. Une biographie très complète de CLARA ROYER.

Imre Kertész a 14 ans en 1944 lorsqu'il est déporté à Auschwitz. L'adolescent, né dans une famille modeste et peu aimante de juifs néologues (1), parce qu'il est capable d'articuler le chiffre 16 en allemand est gardé en vie et transféré à Buchenwald. Il y deviendra un « musulman », un de ces déportés à l'instinct de survie aboli, devenus indifférents à leur souffrance. À la libération du camp en avril 1945, il doit réapprendre à vivre. Soigné, il retourne en Hongrie. Ce qui m'a sauvé, dira-t-il plus tard, c'est que j'avais encore mon Weltvertrauen (« confiance accordée au monde ») et que mon enfance peu heureuse n'était pas un paradis perdu. Il y retrouve une famille fracassée, comprend que ce qu'il a vécu ne l'immunise contre rien et s'inscrit au parti communiste. Suivront une dizaine d'années sans conscience, sous le joug progressif du stalinisme, où il sera successivement lycéen, journaliste, militaire. Selon lui, cette dernière expérience, quand il se ...

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« Je reste roi de mes chagrins », Philippe Forest, éd. Gallimard