Yann Moix, la voix de calais

Yann Moix, la voix de calais

L'écrivain Yann Moix publie dans Libération une tribune sans concession sur la politique migratoire d'Emmanuel Macron.

« J’affirme, M. le Président, que vous laissez perpétrer à Calais des actes criminels envers les exilés. Je l’ai vu et je l’ai filmé », écrit Yann Moix dans une lettre ouverte publiée dans Libération, adressée au président de la République, et dans laquelle il condamne sans nuance sa politique migratoire, et en particulier le traitement infligé aux migrants à Calais. L'écrivain tournait dans la ville du Nord un documentaire sur le traitement des migrants intitulé Re-Calais et qui sera diffusé en mai 2018 sur Arte.

 

Et la tribune fait du bruit. Parce qu'il y a des vidéos certes, parce que c'est Yann Moix aussi. Qu'importe. Espérons que cela puisse également faire résonner les témoignages poignants de Marguerite Stern, qui a donné des cours de français dans la jungle de Calais, de Christian Salomé, président de l'association l'Auberge des migrants, ou encore de Guillaume Leblanc, professeur de philosophie, co-auteur de La fin de l’hospitalité. Lampedusa, Lesbos, Calais… Jusqu’où irons-nous ? (Flammarion, 2017).

 

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« Il y a ce groupe d'Érythréens qui dort dans des tentes à Calais. Ils voudraient passer de l'autre côté de la Manche parce qu'ils parlent déjà anglais et qu'ils ont de la famille là-bas. Aussi, il paraît que l'Angleterre accepte toutes les demandes des Soudanais. Tous les matins, ils se réveillent avec de la lacrymo plein leurs vêtements. Ils se sont déjà fait passer à tabac plusieurs fois par les flics. Il y en a même un qui s'est fracturé le tibia en essayant de leur échapper. Ils essayent de traverser par l'autoroute, d'autres se cachent dans des ferries ou s'accrochent à des trains, mais c'est devenu de plus en plus difficile de passer. Il y a de plus en plus de policiers, de plus en plus de chiens, de plus en plus de barbelés. L'un d'eux m'a raconté qu'un jour une femme s'est éventrée en tentant de franchir un mur en barbelés. »

 

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« À Calais, toute possibilité pour un migrant de s’abriter est immédiatement détruite par les forces de l’ordre. Les gens n’ont aucun endroit où dormir. Les CRS interdisent systématiquement les distributions de bois pour se chauffer et éteignent les planches qui sont déjà en train de brûler. La situation est pire qu’avant. Maintenant qu’on ne laisse plus aux migrants la possibilité de se reposer, ils tentent jour et nuit de trouver le moyen de rejoindre l’Angleterre. Ils sont dans une quête constante de passage de l’autre côté de la frontière. On continue de distribuer 2700 repas chaque jour et la misère est de plus en plus grande. »

 

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« Nous accusons l’absence de structure d’accueil à la hauteur du problème des migrations contemporaines. Nous accusons la destruction des structures d’accueil quand elles existent en lieu et place de leur pérennisation. Nous accusons cette politique de l’expulsion et du contrôle et nous réclamons que l’impulsion hospitalière qui traverse notre société soit reconnue à sa juste hauteur, à égale dignité de la pulsion d’expulsion que notre ministre de l’Intérieur propage comme un feu dans lequel rien ne peut pousser. »

 

Photo © Capture d'écran du documentaire Re-Calais, Hikari-Arte