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« Le féminisme ne menace pas les hommes »

Written by Marcus Dupont-Besnard | Jan 30, 2018 1:32:28 PM

Si l’on en croit la tribune signée le 9 janvier dans Le Monde par un collectif de 100 femmes, dont Catherine Deneuve, il existerait entre les mains des hommes une liberté d’importuner méritant d’être défendue. Non seulement je ne me reconnais aucunement en tant qu’homme dans ce prétendu droit à importuner, mais surtout il est fondamental de refuser catégoriquement la possibilité d’un tel droit.

Ce que défendent les signataires de cette tribune correspond à l’exacte description de ce qui a caractérisé notre société pendant des siècles : un déséquilibre des libertés en faveur du genre masculin. Les hommes ont longtemps bénéficié de prérogatives, une sorte de statut socioculturel particulier de type patriarcal qui nous autorisait des comportements oppressifs et discriminatoires.

L’affaire Weinstein, qui a libéré pour toujours la parole des femmes sur les violences qui leur sont faites, est un déclencheur historique signifiant qu’il est plus que jamais temps que les hommes prennent leurs responsabilités, reniant publiquement ce statut de façon aussi rhétorique que concrète. Une position sociale dominante des hommes n’est en aucun cas juste, ni même justifiée par la nature, et c’est pourquoi nous devons y dire non.

Il faut que nous véhiculions ce non radical et définitif à travers toutes les strates de la société : médias, littérature, cinéma, milieu professionnel, éducation.

Il s’agit pour tous les hommes de comprendre l’impact violent que peuvent avoir certains de nos comportements. Si cela doit passer par une période compliquée durant laquelle nous questionnons chacun de nos gestes, chacune de nos paroles, avec une certaine inquiétude des conséquences que cela pourrait avoir sur celles à qui ils sont adressés, c’est bel et bien une phase nécessaire. Ce n’est pas une contre-oppression envers nous, ni du puritanisme. C’est une transition de rééquilibrage. Pour mettre au jour  —  et ainsi se débarrasser  —  des réflexes enfouis au plus profond de la société. Pour construire, ensemble, une nouvelle société dans laquelle aucun genre ne se sent menacé par l’autre.

Je refuse que, du fait de mon genre masculin, je puisse être considéré comme légitime d’avoir « touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses “intimes” lors d’un dîner professionnel, […] envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque » (dixit la tribune). Je ne me suis jamais senti en droit d’avoir un tel comportement envers une femme et je refuse tout modèle de société dans lequel le fait que je sois un homme rendrait de tels actes moins graves.

Plus il y aura d’hommes à épouser cette (r)évolution, à dire non à un quelconque droit à la « drague lourde », plus les « porcs » qui auront des pratiques violentes, misogynes, sexistes seront marginalisés et délégitimés. Ils disparaîtront si nous refusons collectivement le bénéfice d’une tradition sociale nous arrogeant un statut complaisant. Il est de notre responsabilité « masculine », mais aussi tout simplement citoyenne et humaine, de ne pas accepter une quelconque liberté d’importuner. La liberté des femmes à exister dans les espaces public et privé de façon égale est une liberté supérieure, inaliénable et ne pouvant plus tolérer aucun déséquilibre.

Le féminisme n’est pas misandre, il est humaniste. Il ne menace pas les hommes, il donne aux femmes la place qui devrait être la leur dans la société. Le féminisme concerne le bien-être commun et c’est pour cela que les hommes ont un rôle à jouer. Plutôt que de nous inquiéter d’être décrits comme des oppresseurs, nous devons faire en sorte que cette réalité n’en soit plus une.

Je ne veux donc pas de droit à importuner. Je ne veux pas d’une société dans laquelle je représenterais  —  même par ma simple inaction quant à mon statut implicite  —  une domination sur la condition des femmes. Face à ce moment historique que nous vivons, déclenché par l’affaire Weinstein et développé par le mouvement « Time’s Up », les hommes ont un devoir d’humilité : nous devons activement écouter, comprendre, évoluer.

 

Photo : © CITIZENSIDE / Denis PREZAT