« Tribune des 100 » : cosignataire, je ne me tairai pas

« Tribune des 100 » : cosignataire, je ne me tairai pas

J’assume ma signature à la tribune « Des femmes libèrent une autre parole » car elle ouvre un débat, produit une pensée libertaire qui n’avait plus cours. Il était moins une avant la clôture du discours...
Par Valérie Maës.

Car tout existe.

Mardi dernier, la tribune « Des femmes libèrent une autre parole » a été publiée dans le journal Le Monde. Je suis une des cosignataires. Dans la tornade qui a suivi, m’est venu un premier étonnement : très peu de nos détracteurs sont revenus sur ce qui a été à la base de ce texte, à savoir les tentatives actuelles de censure sur les œuvres d’art, une volonté de criminalisation rétroactive des œuvres. Pour rappel, les affaires concernent Egon Schiele, Balthus, Bizet, Fragonard, Blow up, La Belle au Bois Dormant. Bien d’autres avaient précédé et d’autres arriveront inévitablement. Et plus largement, une volonté de réécritures de textes. Une injonction variable faite aux écrivains de suffisamment identifier leurs personnages féminins à leurs traumatismes, d’en accentuer le trait et de réduire a contrario la part dévolue à la passion, au débordement. Le même encouragement au lissage est donné aux scénaristes, ce n’est pas nouveau. Ou encore, pour exemple, un texte partial paru ces jours qui s’évertue à n'identifier Catherine Deneuve qu'à son personnage de Belle de Jour, une grande bourgeoise donc, comme si elle n'avait jamais interprété de conquérante ou de prédatrice. Et au pire, même si ça avait été le cas, si une actrice ne jouait qu'un type de personnage, et même une truie, quelle importance ? On tente d’user des œuvres, de l'histoire de l'Art, de la filmographie d'un cinéaste, ou pire on n'y comprend rien, ou pire encore on les dénature. On tape un peu au hasard en se disant que ce n'est après tout jamais très loin du mille, et que cela va être l'occasion rêvée pour cracher son surplus de venin, ou sortir sa casquette de surveillant.e général.e du tiroir à merveilles. Tant que nous y sommes, pourquoi ne pas remonter jusqu’à la grotte Chauvet où comme le rappelait récemment Julia Kristeva, la vulve et le bison sont inextricablement liés. Biffons donc le bison !

Pour rappel, toute cette vague de volonté de censure publique réactivée actuellement, à travers cette tribune dite des 100, a commencé de manière spectaculaire avec les manifestations devant la Cinémathèque française où l'on a voulu interdire la projection de créations de grands auteurs, en partie avec succès.

Il flottait déjà là un fantasme de purification du langage cinématographique, et plus largement artistique.

Face à ces enjeux fondamentaux, au regard de quelques maladresses du texte auxquelles je veux bien consentir, nous avons eu le droit à une déferlante d’accusations et d’insinuations déplacées, d’allégations mensongères, sur lesquelles aucune des accusatrices n'est à ce jour revenue ; ni pour s'en excuser ni pour y apporter un étayage, un bémol ou des preuves fondées. Nous n’avons eu le droit de la part des « vraies féministes » qu’à des tentatives d’intimidations condescendantes, qui soit dit en passant, fleurent bon le paternalisme, à travers lequel un dédain supérieur s’est déployé. S’est démasquée cette épatante volonté de dominer, qui ne manque pas de rappeler le fameux patriarcat tant dénoncé. La belle ironie que voilà. Ainsi on nous a accusées d’être pro-viol et de soutenir l’entreprise de prédateurs sexuels internationaux, d’être anti-féministes, méprisantes des classes défavorisées, et parfois même par glissements présumés logiques, racistes, ce qui relève de la diffamation. Alors qu’à travers ce texte la volonté des autrices puis des signataires, ni plus ni moins victimes d'agressions sexuelles que les autres, a été de multiplier la voix des femmes, de prendre en compte sa multiplicité et de faire entendre sa diversité. Et c'est là que, visiblement, le bât blesse.

Comme quelques-unes des signataires l’ont déjà énoncé, cette voix unique revendicative avait quelque chose d’étouffant, d'occultant et je ne me sentais pas, pour ma part, totalement représentée, même si sur la plupart des points essentiels nous sommes évidemment bien en accord. Qui pourrait douter de notre désir d'obtenir l’égalité des droits ? Qui pourrait douter que nous sommes en accord avec la criminalisation du viol ? Qui pourrait douter de notre volonté de faire évoluer notre rapport entre les sexes ?

Enfin, nos supposées adversaires nous ont illico accusées d’être un groupe délibérément réac (astuce). Nous voilà en un tournelangue fourguées toutes dans le même sac, et placées d'office hors-jeu (astuce).

Refus du dialogue

En ce qui concerne le soutien de certaines figures « infernales », on ne peut empêcher qui que soit de récupérer à plus ou moins bon escient une tribune ; c'est le risque, ça se dépasse, à moins qu'on ne veuille que polémiquer, en lieu et place du dialogue. Signer ainsi quasi à l'aveugle pourrait alors être taxé de naïveté, or cela contribuait à mon sens au refus du « tout contrôle » que la tribune défend, loin de tout sectarisme.

Le dialogue proposé à la suite de la parution de la tribune a été refusé en bloc. Publiquement d'abord, mais aussi dans le virtuel : défriendages intempestifs, et dans l'intime : ruptures d'amitié sur-le-champ, parce que le dialogue, la nuance, sont vécues comme des menaces par des idéologies totalisantes. Au fond c’est la liberté de penser et de ressentir à titre personnel qui a été perçue comme une menace. Nous avons eu par ailleurs fort heureusement des signes de soutien chaleureux, qui nous ont beaucoup apporté.

Pour finir, on nous a doublement accusées. D'abord d'avoir délibérément blessé les femmes ayant subi des agressions sexuelles, en ne reconnaissant pas, soi-disant, la légitimité de leurs difficultés. Et de rejouer par là le procédé habituel servant à disqualifier les revendications des minorités. Cette double accusation me laisse stupéfaite. Comment interpréter alors chez une frange de nos supposées adversaires, au lendemain de la parution de la tribune, cette précipitation à rameuter frénétiquement un maximum d'adhérents dans un Collectif multilingue illico créé sur le net, logo flambant neuf à l'appui ; comme si nous avions réactivé une volonté de combat d'un collectif contre un autre. Or nous ne sommes pas une organisation militante. Comment interpréter alors depuis cette double accusation, cette tentation de rameuter (même si bien entendu la volonté initiale de Défense du droit des femmes est louable), dans le milieu queer notamment, et de risquer d'utiliser le sentiment d’exclusion déjà présent et vécu douloureusement surtout chez les plus jeunes pour faire grossir le stock d'un fond de commerce ? Je ne sais pas, je me questionne, je m'inquiète. Vous allez me dire  : chacun son moteur… Oui, mais pour dire les choses franchement, cet opportunisme me bouleverse profondément. Encore une atmosphère de tensions à subir pour des personnes déjà fragilisées et ostracisées. Pourquoi faire ? Que cela va-t-il résoudre ? Pourquoi nous départir les un.e.s les autres de la bienveillance, au profit d'une nouvelle sombre défiance ? L'important à mon sens n'est pas le nombre de partisans, comme preuve, ni le dogme, mais la diversité possible et vivace de la parole partagée, insuffler ce vent-là, dont chacun.e pourrait à son tour s'emparer puis relayer, augmentée de son apport. Très librement, sans réification ni essentialisation de genre.

Le mouvement #metoo a eu certes le bénéfice de mettre au grand jour la quantité saisissante de femmes qui ont été ou qui se sont senties agressées sexuellement ; le mouvement #balancetonporc, le préjudice d'ouvrir la voie à la délation. Aujourd'hui, il n’est plus rare qu’un ami te demande le regard plein d'espoir « mais une femme sur deux c'est exagéré non ? » Tu peux alors lui énoncer (en général les hommes restent médusés) ce que c'est en effet que le parcours miné d'une femme dans une journée. La quasi impossibilité d'être plongée dans ses pensées ou de poursuivre une réflexion quand tu te déplaces à pieds ou par le métro car il faut toujours veiller à l'éventuelle nécessité de changer de trottoir pour éviter ce qui se signale à toi comme danger. Ou encore, faire semblant de regarder au-delà de la vitre, assise dans le métro, pour qu'il n'y ait pas d'accroche du regard possible. Ou bien, l'étape du verre dans un bar assise au comptoir, où forcément il va falloir à un moment ou à un autre répondre à une proposition tout en restant sympathique, histoire aussi de ne pas te gâcher complètement ton moment de pause rêveuse. Et c'est vrai que pourtant, à ce moment-là, ton langage corporel est clair, de près comme de loin, mais il y a quasi toujours un relou, parfois deux qu'il faut se fader avant de finalement décider de quitter parce que le plaisir n'y est plus. Bon, il faut aussi avouer que malgré tout si cela avait été un homme qui te plaisait, qui te convenait, même un peu insistant, tu n'aurais pas vécu la séquence avec autant de fatigue. Plus rarement il arrive aussi qu'il y ait une bonne surprise, et qu'un moment sympathique soit partagé.

Or, ce moment sympathique a bien surgi d’un moment de confusion, de perturbation, éventuellement de séduction.

C'est en réalité le cumul des empêchements, des mini-angoisses et le temps mental imparti que les femmes subissent chaque semaine sur leur trajet, qui créent ce sentiment de harcèlement, d'envahissement.

Cependant, ce qu'il ne faut ne pas oublier de dire si on veut être complètement juste, c’est que comme lorsqu’une femme s'aventure à porter une tenue dite très féminine, les personnes transgenres ou transexuelles subissent elles aussi un même genre d'outrage : regards déplacés, suspicion de quête sexuelle. De manière séquentielle et sans en exagérer le montage, c'est vrai, tout cela existe.

Pourtant le regard agressif, l'apanage du harcèlement moral, la discrimination, le chantage, l'âgisme, le cissexisme, n'appartiennent pas qu'à la gent masculine, des femmes s'y exercent également dans le domaine social, et peuvent aussi s'y montrer retorses. Peut-on sérieusement mettre ce type d'affections uniquement sur le compte du patriarcat ?

Pulsion et self-control

Ne peut-on pas aussi, lorsqu'on est une femme, se questionner sur les comportements féminins, énoncer leurs manquements, regretter qu’il y ait parfois un défaut de solidarité sans passer illico comme anti-féministe ?

Faut-il sans cesse devoir repartir de zéro et recenser toute l'ignominie masculine, quand on se risque à des questions plus nuancées, pour ne pas être cataloguée masculiniste?

Ne peut-on pas disposer peu ou prou de l'écriture inclusive sans être suspectée ?

Ne peut-on pas, puisqu'il est question de compassion, ressentir à un moment précis plus un sentiment de tristesse que d'atteinte à sa dignité quand un « frotteur » produit son geste lamentable sans passer pour une femme facile ?

Il y aurait donc un fonctionnement des cœurs, des chattes, qui ferait jurisprudence ?

En est-on vraiment là ? Ne peut-on plus à ce point se faire confiance ?

Dans la suite hypocrite et de mise au pas, évoquons rapidement : le féminisme affiché de certains hommes en société qui, les portes fermées, font valoir de manière désinhibée une position de domination. La misandrie dissimulée de certaines féministes se proclamant pourtant non haineuses des hommes. Les « bien nées » chez d’autres qui hériteront de la propriété familiale mais qui persifflent sur les supposées 100 bourges. La mise à l'écart à une cérémonie prestigieuse de remise de récompenses d'une actrice soudain devenue encombrante, cependant à l'origine de la dénonciation des abus de pouvoir dans le milieu du cinéma. La charge supplémentaire donnée au traumatisme de certaines victimes qui ont intégré le discours survictimisant de leur entourage, et qui pourraient mieux s’en sortir sans cela. Les dommages possibles d'une éducation puritaine à l'excès sur le développement de la sexualité d'une jeune personne …

Parce que, oui, de la même manière qu'il y a des pensées différentes, en matière de perversion et de mauvaise foi, s'exprime aussi une diversité.

Toutefois, même si bien entendu il y a des actes criminels en matière de sexualité dont les degrés sont en proportion répréhensibles par la loi, le sexuel ne peut pas être entièrement déterminé par le juridique. Il y a un excès de la pulsion qui suppose une éducation, un self-control. C'est précisément cet excès bien distribué qui donne à la séduction sa richesse, et en partie, au rapport humain sa densité.

Sans évacuer le fait que le viol soit un crime, que les types qui nous interpellent dans la rue, qui se permettent de nous toucher dans l’espace public nous angoissent (au moins sur le moment) et qu’en effet selon notre tempérament, selon notre histoire, ou notre moral du jour nous parvenons plus ou moins bien à les remettre à leur place ; en ce qui me concerne, j’ai fait le constat que je suis davantage blessée par la déloyauté d’un être cher que par une insulte d’un type croisé au hasard. Lui ne s’adresse pas à mon identité propre, il s’adresse à une représentation abstraite de son idée de la femme.

Ce qui ne nous aide pas dans la résolution du sujet qui nous occupe mais qui a le mérite au moins de me dégager de l’instant de l‘effroi.

Alors comment fait-on ? Déjà, j'ai envie de dire, comme on peut. Comme pour le reste qui forme une vie. Il y a forcément une part de construction, de reconstruction, qui ne peut s'opérer que seule.

L’excès de surveillance

Et ce n’est pas en restant dans l’effroi de l’agression ni dans le réflexe de haine qui suit, que la victime va pouvoir retrouver son élan vital. Il n’est pas question de dire à celles qui ne parviennent pas ou pas encore à se sortir de leur trauma : « nous les 100, nous sommes plus fortes, plus futées que vous, ou plus capables que vous ». Mais de dire : « il arrive aussi que des femmes s’en sortent ». Après avoir pu être aidées mais nécessairement aussi grâce une volonté profonde de résilience opérée en son for intérieur. Aucune résilience ne peut en revanche être entamée tant que l’agression n’a pas été reconnue par un tiers.

Le tiers-parent. Le tiers-ami. Le tiers-loi quand il est nécessaire.

Alors que fait-on des hommes ? On leur fait « une intervention générale » pour reconfigurer leur cerveau dysfonctionnel, comme l’a suggéré Caroline de Haas ? On légifère absolument sur tous les comportements relationnels hommes-femmes en anticipant tous les cas de figures possibles : le support de rencontre, l’heure, le lieu proposé, comment c’est proposé, pourquoi, les gestes, les regards, définir définitivement son genre, son orientation, les différentes positions sexuelles, à quel âge et jusque quel âge, l’énergie qui y sera consacrée ? Où demeurera la part de mystère, d’émotion, cet épatant, que seule la surprise sécrète ?

On voudrait considérer dans un continuum tous les délits à caractère sexuel et les assimiler au viol ou au féminicide sans gradation ? Du type lourdingue qui tous les matins au bureau vous fait une bise un peu mouillée, au type qui vous harangue au passage dans la rue. De l’ex qui ne sait pas lâcher, au type qui vous bastonne ou vous viole ? On voudrait déclarer qu’une femme victime de n’importe quelle agression, quel que soit le trauma vécu, quelle que soit sa capacité à s’en sortir, est une victime à vie, toujours dans la même intensité traumatique ?

Comme ça on est tranquilles ?

Plus sérieusement, il est à craindre que ce panoptique profite aux grands pervers — car eux savent se dissimuler et faire valoir la figure inverse — quand le pauvre gars, le gros con (allons faisons plaisir à tout le monde) qui fait une blague douteuse ou un peu épaisse, sera lui mis au pilori.

Mauvaise blague ou fin bretteur, l’humour joue toujours sur un abus, une exagération. Il faudrait donc accepter une vie sans génie, sans imprévu, au bénéfice du non dérapage.

Il me semble plus urgent avant de légiférer en dur, de réfléchir aux raisons profondes qui font qu’une victime de viol ou d’abus sexuels décide le plus souvent de se taire. Se taire par peur de déranger, de n’être pas entendu.e, de décevoir, d’augmenter l’humiliation, et au final de perdre plus encore au passage. Il me semble que le premier geste nécessaire est ce travail commun de bon recueillement de la parole. Et que l’ensemble du corps social, qui va de la famille aux institutions les plus en place, travaille à lever la chape de silence qui pèse sur les victimes. Et aussi, sans doute, parfois, sur les agresseurs. L’éducation est là plus en jeu que l’excès de surveillance.

Ce qui m’a frappée lors du débat entre Abnousse Shalmani et Caroline de Haas c’est qu’en réalité il y a très peu de divergences sur le fond. La seule différence est vraiment la manière de vouloir changer les choses. L'une veut que la honte change de camp, quand l'autre souhaite que la honte disparaisse. L'une pense la relation homme-femme égalitaire en droits et en devoirs, l'autre exige une relation homme-femme égalitaire en droits pour les femmes et en devoirs pour les hommes. L'une évoque de « faire une opération générale des hommes et de leurs cerveaux »`, dysfonctionnels, l'autre la capacité à faire entendre sa voix. Les deux ont subi des agressions sexuelles, l'une est campée dans une position revancharde, l'autre opère une résilience. Et enfin l'une prend la parole avec loyauté quand l'autre ne cherche qu'à confondre.

Produire une pensée libertaire

Il me semble aujourd’hui qu’il est de la plus haute importance que les différentes paroles de femmes (cisgenre et transgenre) convergent sur ces sujets au lieu de s’affronter, que cette démangeaison égotique ou groupusculaire de vouloir occuper toute la place répandant un discours unique et autoritaire, cesse, au profit de la lutte pour le droit des femmes. Il me semble qu’il est important aussi, a minima, de laisser entrer les hommes (cisgenre et transgenre) dans ce débat.

J’assume ma signature à la tribune « Des femmes libèrent une autre parole » car elle ouvre un débat, produit une pensée libertaire qui n’allait plus avoir lieu. Il était moins une avant la clôture du discours.

Concernant l’intervention de Brigitte Lahaie, à savoir « qu’une femme peut jouir lors d’un viol », ce n’était certes pas le moment, ni le lieu, mais ce qui est cependant possible mécaniquement — sans être un orgasme de plaisir — ce qu’elle a omis de préciser ; cela aura peut-être le mérite de déculpabiliser et de désangoisser les femmes concernées.

Quant à ce qui a été reproché à Catherine Millet, son goût de la performance l’a sans doute emportée un peu loin.

Et, ce qu’elles ont chacune apporté à l’émancipation féminine dans leurs interventions, créations, ou témoignages compte suffisamment pour que l’on puisse d’abord et sans trop de mal retenir cela.

Car tout existe.

Pour éviter tout malentendu. Je suis une femme. Je suis parisienne depuis 25 ans. Je n’ai pas fait d’études secondaires. Je suis issue d’un milieu social modeste. Je suis mère. J’ai 45 ans. Je suis blanche. J’évolue et j’interviens à différents postes dans un milieu artistique et pédagogique. Je lève parfois aussi des caisses pour payer les factures. Je suis au RSA actuellement. Le plus important pour moi a toujours été le lien d’affection, pas d’opinion, je me suis construite comme ça. Je suis plutôt hétérosexuelle mais volontiers homosexuelle si l’amour venait à s’en mêler. J’ai été agressée physiquement, psychiquement. Je suis végétalienne. J’ai une tendance phobique. Mon poids varie mais ma taille demeure. Je suis pour la liberté de penser. La liberté des déplacements. La liberté des corps. De sensibilité de gauche. Je suis pour des réformes profondes. En particulier en ce qui concerne le droit des femmes. Je sais ce que je fais, pourquoi. Je parle en mon nom. J’espère n'offenser personne, ni trahir la parole des cosignataires. J’ai dû oublier des choses. Je ne suis ni une machine ni un collectif. Je vous souhaite le meilleur. Je peux me tromper. La vie est un risque.

« Malheur à moi, je suis nuance. »

F.W Nietzsche. Ecce Homo

 

Publié le 19 janvier 2018

Photo : © Le Monde