Révolution tricolore

Révolution tricolore

Le cinéaste Pierre Schoeller tente de saisir la première phase de la Révolution française en alternant entre les débats de l’Assemblée naissante, l’hébétude d’un roi défait et la vie quotidienne d’une famille d’artisans, à l’ombre de la Bastille.
Par Pierre-Édouard Peillon.

Troisième film réalisé pour le cinéma par Pierre Schoeller, Un peuple et son roi réunit – dès son titre – ce que le cinéaste avait traité séparément dans ses deux premiers longs-métrages : dans Versailles, c’était l’errance d’un SDF dans le parc du château, quand L’Exercice de l’état fouillait les arcanes du pouvoir auprès d’un ministre des Transports. Enfin réunis, gouvernés et gouvernants se retrouvent pourtant dans Un peuple et son roi pour mieux se déchirer. Opérant un détour par l’histoire, lui qui jusqu’à présent ne s’était intéressé qu’à notre époque – sinon notre actualité, comme dans L’Exercice de l’état – Pierre Schoeller redéploie les évènements qui s’étalèrent entre la prise de la Bastille et l’exécution de Louis XVI. Après une première séquence dans un Versailles déjà évidé, nous voici, alors que grondent au dehors les combats du 14 juillet 1789, dans l’atelier d’un souffleur de verre (Olivier Gourmet). En gros plan, une perche plonge dans un magma jaunâtre pour en extraire un orbe se faisant sphère flamboyante : le soleil n’est déjà plus la propriété du roi quand s’ouvre le film. Il peut aussi enfin rayonner sur les bas-fonds parisiens, lorsque le souffleur de verre rejoint l’extérieur et observe une poignée de sans-culottes en train d’étêter (prélude de la décapitation finale) les remparts de la Bastille, laissant la lumière inonder pour la première fois la ruelle que la forteresse surplombait.

Nulle candeur dans ce geste du cinéaste : dans le creux de cette scène lumineuse, la mort du nourrisson de Margot (Adèle Haenel) vient endeuiller les prémices de la Révolution. Cette constante volonté de Pierre Schoeller à suturer les contraires offre à Un peuple et son roi de belles nuances. On croirait parfois assister à une reconstitution documentaire purement pédagogique, voilà que le réalisateur y entrelarde quelques abstractions : après la prise des Tuileries, une pluie de plumes s’abat au ralenti dans la cour du château. Pendant le débat sur l’éventuelle condamnation à mort du roi, avec le nom de chaque député prenant la parole s’affichant à l’écran, comme dans un manuel d’histoire, c’est un ancien enfant sauvage (Gaspard Ulliel) qui s’exerce au métier de souffleur de verre en compagnie de son mentor désormais aveugle. Cette dialectique entre les images du pouvoir (le didactisme) et le pouvoir des images (le symbolisme) sourdait déjà par endroits dans L’Exercice de l’état, mais elle atteint ici un nouveau registre, qui fait du sujet politique un sujet par essence fuyant : les joutes verbales pleines d’éloquence à l’Assemblée nationale, l’aphasie hautaine et désemparée du roi, la clameur informe de la foule expriment chacune à leur tour le désir de retenir enfin, une bonne fois pour toutes, le pouvoir. Comme Louis XVI (excellent Laurent Lafitte) essaie de l’expliquer, durant un cauchemar humiliant, à trois de ses plus illustres prédécesseurs (Louis XI, Henri IV et Louis XIV) : « Les temps sont difficiles. Je fais de la politique. » La politique découle de la difficulté à nous unir et la difficulté à nous unir vient de la politique.

 

UN_PEUPLE_ET_SON_ROI_AFFICHE_smallUn peuple et son roi, de Pierre Schoeller, avec Gaspard Ulliel, Adèle Haenel, Olivier Gourmet, Laurent Lafitte…, en salle le 26 septembre.

 

 

 

Photo : © Jérôme Prébois / Studio Canal

Pour pour les fêtes, offrez un abonnement au Nouveau Magazine littéraire !