Qu'avons-nous fait du 11 janvier ?

Qu'avons-nous fait du 11 janvier ?

Trois ans après la plus grande marche de l'histoire de France, Raphaël Glucksmann s’interroge sur ce qu'il reste de cet élan collectif.

Le 11 janvier. Et ensuite ?

Ce fut la plus grande manifestation de notre histoire. Nous étions des millions. Pour protester contre les terroristes djihadistes, pour honorer les morts. Pour montrer notre attachement aux libertés attaquées, à commencer par celle de blasphémer, et à cette chose commune, cette chose en partage qu'est la République.

La vague infinie et calme du 11 janvier 2015 s'inscrivait dans une longue tradition, celle de Rabelais, des libres-penseurs brûlés place Maubert, de Voltaire, de Diderot, du chevalier de La Barre supplicié, un certain esprit d'irrévérence qu'il s'agissait à nouveau de défendre. Les balles des fanatiques avaient frappé quelque chose de profondément ancré en nous. Et il nous fallait sortir dans la rue. Être là.

Il n'y eut ce jour-là ni slogan haineux ni appel à la vengeance. Il n'y eut à vrai dire presque pas de slogans. Pas de mots d'ordre. En dehors d'un « Je suis Charlie » né spontanément quatre jours plus tôt et qui voulait tout ou rien dire de spécifique, le signe d'une émotion individuelle et collective en même temps. Un soutien, un effroi, une exigence. Et une forme de promesse.

Oui, je pense que chacun d'entre nous, dans son coin et au milieu de tous les autres, se fit ce jour-là, avec des mots différents, selon des modes divers, la promesse de faire plus attention à la chose commune. Aux principes qui permettent notre existence collective et qui se révélaient bien plus fragiles qu'on le pensait. D'être plus là, en fait. Où ça ? Là, sur la place publique.

Par-delà les polémiques, saisissons cette date pour interroger, chacun d'entre nous, notre propre promesse. Qu'avons-nous fait de notre 11 janvier ? A-t-on été fidèle au citoyen qui était dans la rue ce jour-là ? Ou a-t-on zappé ? L'immense élan populaire, qu'est-il devenu ? La République est-elle plus dans nos vies aujourd'hui qu'hier ? Ou avons-nous laissé l'individualisme, notre individualisme, continuer à la dissoudre ?