Pourquoi les propos du Pape ont-ils autant choqué ?

Pourquoi les propos du Pape ont-ils autant choqué ?

En une phrase, le pape François, de retour de son voyage en Irlande, a choqué le monde entier avec ses propos sur l'homosexualité et la psychiatrie. Simple erreur de communication ou profonde déception ? L'analyse de Virginie Riva, journaliste et auteur de Ce Pape qui dérange (l’Atelier).

Pour les non catholiques, lorsqu’un homme d’Eglise se risque à aborder le thème de l’homosexualité, il est – forcément - en terrain miné. En revanche, pour les catholiques, acquis à la cause du pape François, cette référence à la « psychiatrie » chez un pape qui a fait de la phrase « Qui suis-je pour juger ? » le maître mot de son pontificat est décevante... Pourtant, la première partie de la réponse est très fidèle au pape François. Lorsque le journaliste lui pose cette question : « Que diriez-vous à un père dont le fils lui annonce qu’il est homosexuel ? » voici la réponse du pape : « Je lui dirai en premier lieu de prier, de ne pas condamner, de dialoguer, de comprendre, de faire une place à son fils ou à sa fille. » C’est dans la suite de sa réponse que le pape propose un sous-entendu inacceptable :« Cela dépend de l’âge auquel se manifeste cette inquiétude : si cela se manifeste dans l’enfance, il y a des choses qui peuvent être faites, même avec la psychiatrie ».  En clair : il peut s’agir d’un trouble dans le développement psycho affectif de l’enfant, dont il faudrait prendre soin – l’homosexualité n’étant pas encouragée par l’Eglise. Elle condamne, non pas les personnes homosexuelles, mais les actes sexuels entre personnes de même sexe. Les relations sont qualifiées de « désordonnées », et, en théorie, les homosexuels devraient se comporter comme « frères et sœurs » c’est-à-dire dans la chasteté.

En l’occurrence le pape n’était même pas sur cette question, il n’a pas rappelé la position de l’Eglise.

Pourtant avec ce simple mot, psychiatrie, le pape François s’est aventuré dans un débat douloureux : les éventuelles causes de l’homosexualité. Et le Vatican le sait, à tel point qu’il a immédiatement retiré l’allusion à la « psychiatrie » de la retranscription officielle de sa conférence de presse. Trop tard, le mal était fait.  Une résonance d’autant plus forte en France que la psychiatrie relève de la médecine… ce qui enfonce le clou. Certains exégètes du pape ont depuis expliqué qu’en Argentine, la tradition de psychanalyse était liée à la psychiatrie, ce qui n’est pas le cas en France. Mais l’histoire des disciplines et des traductions ne peut toujours servir au pape François.

Le pape du « Qui suis-je pour juger ? »

Le choc est à la mesure des attentes que François a suscitées. Dans l’une de ses toutes premières interviews, il avait lancé cette phrase : « Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour juger ? », qui augurait un vrai changement de ton, et une volonté réelle d’accueil des homosexuels au sein de la communauté catholique. Plus tard, lors du synode des évêques sur la famille en 2014, un document provisoire dont on sait qu’il a été relu par le pape, avait été distribué à la presse, texte dans lequel l’Eglise reconnaissait des éléments positifs aux unions homosexuelles. Mais, devant la levée de boucliers suscitée par ce document, le pape avait finalement dû reculer. Par la suite, il avait tout de même introduit dans son exhortation apostolique Amoris Laetitia une pensée particulière pour les familles dont certains membres sont homosexuels, réaffirmant qu’ils devaient être accueillis avec respect et sans discrimination.

Pourtant, dimanche, par un simple mot, et peut-être de manière injuste, le pape donne l'image d’une Eglise crispée, lui qui défend une Eglise qui marche avec le monde et non plus contre. Il se prend les pieds dans le tapis à un moment particulier : le dossier de la pédophilie est le chantier le plus complexe de ce pontificat. Il est forcément attendu au tournant, lui qui a fait une critique si forte de l’institution et du cléricalisme. L’opinion attend des résultats, qui seront forcément en-deçà. Le pape tente d’appliquer une tolérance zéro, mais il est sans cesse rattrapé par des scandales antérieurs qui décrédibilisent son action. Alors qu’il tangue, la polémique le fragilise encore davantage, car la meilleure arme contre les résistances qu’il rencontre est depuis le début sa popularité.

 

Journaliste politique à Europe 1, Virginie Riva a été correspondante à Rome, couvrant en particulier l’actualité du Vatican. Elle est l'auteur de Ce Pape qui dérange (Ed de l’Atelier, 2017)

 

 Photo : Pape François © Giulio Origlia/Getty Images/AFP