Pour un revenu universel et social

Pour un revenu universel et social

Le revenu universel peut être l'occasion de refonder notre pacte social en approfondissant la relation entre l’individu et la collectivité. Par Saïd Benmouffok, professeur de philosophie au lycée Condorcet de Limay (78).

L’idée d’un revenu universel est aujourd’hui au cœur du débat politique. Telle qu’elle fut proposée par différents candidats socialistes ou écologistes, elle se limite pour l’instant à une redistribution élargie visant à protéger les plus démunis de l'extrême pauvreté (un RSA revalorisé et étendu à tous les jeunes). Ce serait déjà un grand pas.

Mais si de nombreux responsables politiques interrogent ainsi la place du travail dans nos vies, aucun n’associe la question du revenu universel à celle du lien social. C’est pourtant l’un des maux de notre temps que le délitement de ce qui nous relie à nos concitoyens dans la société. Les plus riches cultivent l’entre-soi, tandis que les plus modestes tentent d’échapper au déclassement ou à l’exclusion sociale. Le sentiment de vivre ensemble s’efface à mesure que les identités s’affirment et se ferment.

Un projet de revenu universel peut apporter une réponse à ces problèmes, s’il est pensé dans le cadre d’un nouveau pacte social, approfondissant la relation entre l’individu et la collectivité. Le premier pacte social, tel que le pense Rousseau, est un acte par lequel chacun s’engage à obéir aux lois en échange de sa liberté politique. Mais comment exercer sa liberté sans la garantie d’une vie décente ? Voilà tout le sens du nouveau pacte social. Il engage une nouvelle fois la société à l’égard de l’individu, et l’individu à l’égard de la société. Par ce contrat, chacun reçoit un revenu de subsistance, en échange d’une participation minimale au service de la collectivité. Contrairement à ceux qui veulent conditionner le versement du RSA à un travail d’intérêt général, il n'y aurait ici nulle stigmatisation des plus faibles. La règle vaudrait pour tous, sans distinction d'emploi ou de condition sociale, du plus humble au rentier, du simple citoyen au président de la République. Dans ce cas il n’est plus question d’assistance, mais d’égale dignité dans l’œuvre commune.

Ce projet inspiré du socialisme associationniste dépasse pourtant les frontières politiques. Alors que de nombreuses voix prônent un retour à la conscription militaire pour cultiver le sentiment d'appartenance nationale, ils trouveront ici un projet de solidarité nationale moderne et utile. Certains crieront au travail forcé, à tort. On parle de quelques dizaines d'heures par an, le temps libre personnel et le temps de travail marchand sont donc préservés.

Imaginons l'immense quantité de richesses communes ainsi générées. On comblerait les besoins de renforts dans les associations. Les activités pourraient se multiplier dans les domaines importants : aide aux personnes, protection de l’environnement, soutien éducatif. On produirait de la valeur d'usage, non de la valeur d'échange ; des biens et services utiles et non des marchandises.

À l’heure où l’imaginaire néolibéral semble avoir triomphé des idéaux collectifs, l’idée d’un revenu universel peut ainsi devenir une utopie concrète, une aventure politique redonnant son élan à la solidarité nationale. Elle concilie l’émancipation individuelle, l’égalité des conditions et le souci du lien social. S’il fallait le dire en trois mots : la liberté, l'égalité et la fraternité.

 

Photo : © Mychele Daniau / AFP