Un forban des années

Un forban des années

L'ascension à Paris d'un dandy italien, pourvoyeur de fake news pour la presse à sensations.

Inconnu ici, Pitigrilli est une figure de la littérature italienne depuis la sortie de Cocaïne, en 1921. Il s'agit des aventures d'un Casanova en herbe qui renonce au titre de médecin pour avoir refusé d'ôter son monocle à l'examen final. Ça vous pose un homme. Voilà Tito parti à Paris pour explorer bouges et palaces. Là, exaltés par l'éther et la poudre blanche, batifolent garçonnes et freluquets, marquises, demi-mondaines et vamps au tempérament balkanique. Cynique et talentueux, Tito est vite sacré première plume de L'Irréfutable, feuille sensationnelle aux tirages phénoménaux. Tito est un précurseur. Son reportage sur un guillotinage au petit matin vous arrache des larmes, même si le condamné, gracié in extremis, n'a pas, comme indiqué dans l'article, perdu la tête. « L'article sur l'exécution capitale non advenue eut un succès formidable. L'édition du journal fut épuisée en quelques heures. » Au-delà de l'écho aux fake news, c'est davantage la dextérité de Pitigrilli à faire plier la réalité aux exigences de la fiction qui en impose.

Caustique, brillant, paradoxal, Pitigrilli espionna aussi sous Mussolini pour le compte de la police politique les milieux antifascistes parisiens et turinois, ce qui entraîna l'arrestation ou l'assignation à résidence de nombreux intellectuels, dont Carlo Levi. Cela avant que, demi-juif lui-même, il ne soit obligé de fuir l'Italie des lois raciales et de rejoindre l'Argentine. Devenu moraliste onctueux, il rentre enfin chez lui en 1975, en ayant dans l'intervalle épousé la foi catholique.

COCAÏNE, Pitigrilli, traduit de l'italien par Robert Lattes, éd. Séguier, « L'Indéfinie », 348 p., 21 E.

Photo : Pitigrilli © DR/Ed. Séguier