Penser la transition

Penser la transition

Le revenu universel doit passer du statut d’utopie à celui de banalité, explique Julien Bayou au Nouveau Magazine Littéraire.

Notre protection sociale a été pensée et financée sur le mythe du plein emploi, ce qui à l’époque était une exception. Des personnes faisaient quarante ans dans la même boîte, tant mieux pour elles. Mais c’étaient les Trente Glorieuses, et ce n’est pas la norme, c’est l’exception. Car ces Trente Glorieuses se sont construites sur la croissance due à la destruction de la planète ou à l’exploitation de peuples colonisés (on parlerait aujourd’hui d’esclaves modernes). Il faut penser la transition. C’est pour cela que le revenu universel, nous pouvons le financer et il faut le faire graduellement.

 

 

C’est peut-être une utopie, mais ce qui m’a séduit c’est de la rapprocher avec la lutte très immédiate contre la pauvreté : commencer par le RSA automatique, que les personnes qui doivent le toucher le touchent, l’étendre aux 18-25 ans puis, peut-être, demain, aux agriculteurs, aux mères célibataires…

J’ai vécu en squat et je sais à quel point donner six mois de répit, même précaire, à une mère célibataire, c’est essentiel pour les enfants, leur scolarité, leur santé. C’est pour cela qu’on doit s’organiser. Le revenu universel permet aussi de travailler moins, de choisir son travail. C’est l’avenir, c’est le projet de civilisation, et chacun doit faire sa part. Il faut juste se dire qu’aujourd’hui notre système ne fonctionne pas et ne pas avoir de complexe. Il y a du chômage, du mal-être au travail, de la dette (on détruit la planète), donc on doit envisager autre chose. Les personnes qui ont proposé notre protection sociale il y a cent cinquante ans sont passées pour des tarées lorsqu’elles ont dit aux ouvriers qu’ils se tuaient au travail, qu’ils allaient s’arrêter au bout d’un moment, que les employeurs allaient cotiser pour la couverture “accident du travail”. Et puis, petit à petit, ce système s’est imposé et il est devenu banal. C’est ce que nous devons faire : rendre le revenu universel banal pour nos petits-enfants.

Photo : © Didier Weemaels on Unsplash

Entretien

Photo : Frantz Olivié © DR

Frantz Olivié :
« La financiarisation du livre est en train de produire une culture d'aéroport inepte »

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