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Pédophilie dans l'église catholique : pourquoi Mgr Barbarin doit enfin démissionner !

Written by Nicolas Domenach | Aug 21, 2018 5:53:00 AM

En mars 2016, nous en avions appelé déjà, comme « chrétien et lyonnais », à la démission de Mgr Barbarin, l'archevêque de Lyon et primat des Gaules. Sans attendre que la justice des hommes se prononce, mais pour tenter d'obtenir le pardon de ces enfants devenus adultes qui avaient été outragés par un prêtre prédateur dont les agissements criminels avaient été couverts pendant des années par l'Archevêché de la ville. Car les larmes de Dieu ou du Pape ne pouvaient suffire à effacer ces pêchés ni à réparer toutes les graves fautes commises envers ces familles, ces fidèles que l'Eglise avait méprisés jusqu'à les ignorer, voire les rejeter. Ils n'imploraient que l'écoute et la justice. Mgr Barbarin les a éconduits tels des pestiférés. Les victimes devenaient des gêneurs. Même leurs proches tournaient le dos à ces porteurs de malheur et de réputation. Nul ne dira jamais assez, combien fut immense leur détresse et coupable le mur de honte qui fut élevé autour d'eux.

Aujourd'hui, alors que le Saint Père en personne vient de lancer un appel solennel à la mobilisation du peuple de Dieu contre ce fléau de la pédophilie, un prêtre de Valence, le père Pierre Vignon, vient de lancer une pétition – très relayée – pour que Mgr Barbarin se décide enfin à renoncer à sa carrière. Un geste fort qui seul pourrait symboliser la volonté des plus hautes autorités spirituelles d'aller au delà des belles paroles compassionnelles et des si tardifs regrets.

Monseigneur Barbarin, après un terrible lapsus (« grâce à Dieu, les faits sont prescrits »), avait exprimé des regrets. C'était bien le moins. Car pendant des années un prêtre du diocèse avait abusé en toute impunité d'enfants scouts placés sous sa responsabilité. L'archevêché, informé par plusieurs familles, avait organisé ensuite l'omerta autour de ces faits délictueux. Nombre de victimes ont longtemps été rejetées par leurs parents qui refusaient d'entendre des vérités si dérangeantes, si contraires au message du Christ. Il fallut attendre l'action courageuse des membres d'une association de victimes, « La parole Libérée », pour briser ce mur du silence. Mais même quand les premières brèches sont apparues, les notables lyonnais se sont coalisés pour soutenir l'archevêque de Lyon, qui n'était pas aux origines de l'affaires, mais a ensuite participé du déni. Il a fallu du temps, beaucoup de temps et de souffrances, pour que le primat des Gaules veuille bien ouvrir les yeux, les oreilles et un peu les bras, pour que l'Eglise dans son ensemble prenne la mesure de la tragédie qui s'était perpétuée à Lyon – le prédateur n'était toujours pas sanctionné – et au delà, dans nombre d'autres évêchés, en toute impunité encore et toujours avec la complicité des plus hautes autorités ecclésiales.

Des premières mesures ont été prises afin que les victimes soient mieux écoutées et que les criminels en soutane soient poursuivis. Les esprits changent ou, plus précisément, commencent à changer. Mais aucun geste fort n'a encore été accompli qui soit de nature à convaincre que ces si hautes autorités spirituelles ont pris toute la dimension du mal accompli. C'est pourquoi on ne saurait attendre que la justice veuille bien se prononcer, alors même d'ailleurs que le procès tarde à venir. Il s'agit pour les autorités catholiques de répondre à l'appel du pape François qui lui aussi à trop longtemps tergiversé et s'est même un temps égaré jusqu'à accuser de calomnie au Chili des victimes à qui les évêques viennent de demander pardon. Mais face à de tels crimes et à l'ampleur de la forfaiture de l'omerta complice qui a permis les récidives, ce sont des actes symboliques puissants qui s'imposent. Faute de quoi il restera plus qu'un doute, une incertitude sombre quant à la volonté réelle de l'Eglise d'assumer ses fautes et d'empêcher leur récidive. C'est pourquoi cette pétition en faveur de la démission de l'archevêque des Gaules, poste des plus éminents, réclame ce que l'esprit de justice et de sacrifice exigent de ce prélat. Il aurait dû s'y résoudre déjà au nom de l'intérêt supérieur de la chrétienté, voire même des croisades morales, religieuses et éthiques que Philippe Barbarin poursuit avec vigueur.

Monseigneur Barbarin figure en effet parmi les prélats qui se sont le plus ardemment opposés au mariage pour tous et à l'adoption par les homosexuels. Sa responsabilité dans cette affaire de pédophilie entache son combat, que nous ne partageons pas, on le sait. Mais s'il voulait retrouver quelque légitimité spirituelle pour le poursuivre, il devrait avoir le courage de poser ce geste symbolique de renoncement et de repentir. Le père Vignon dit cela autrement et très justement dans son texte que pas loin de 10 000 personnes avaient déjà signé au moment où nous écrivons : « ce sacrifice sera fait pour le bien de tous, et particulièrement des victimes (…) Donner votre démission serait bien sûr une mort sociale, mais quelle assomption personnelle en retour. Vous serez enfin à la hauteur de l'événement ».

 

Photo : Mgr Barbarin © Nicolas Liponne/NurPhoto/AFP