Où en est la gauche américaine ?

Où en est la gauche américaine ?

Alors que le président des États-Unis Donald Trump s’apprête à fêter la première année de son investiture, le Parti démocrate peine à remonter la pente depuis sa défaite. Qui parmi la gauche américaine en berne saura relever le défi Trump ?

La « success story » qui devait mener Hillary Clinton au pouvoir avait commencé en janvier 2007 avec sa candidature aux primaires démocrates. Battue par Barack Obama en 2008, elle continuait d’apparaître comme sa successeuse toute désignée aux yeux du Parti démocrate. Un an après sa défaite amère contre Donald Trump, l’establishment démocrate végète en plein désarroi.

La victoire de Trump semble même avoir changé la donne sur les profils qui peuvent maintenant émerger à gauche, si bien qu’il a suffi à Oprah Winfrey de quelques mots prononcés à l’occasion de la cérémonie des Golden Globes le 7 janvier pour qu’elle devienne en quelques heures une candidate potentielle à la prochaine élection présidentielle.

Si la plupart des politiques de gauche déclarent n’avoir en tête que les élections locales de 2018, les paris sont déjà ouverts pour l’investiture démocrate de 2020. Sur le site Predictit, les internautes peuvent très sérieusement parier sur les chances de plusieurs candidats. Le New York Times, le Washington Post et la plupart des médias américains tiennent déjà les scores.

Les différentes personnalités de cette liste ont été sélectionnées selon les pronostics du New York Times, du Washington Post, de CNN et du Guardian, et ordonnées selon leur popularité sur Predictit.

 

1 - Bernie Sanders

La côte de popularité du sénateur du Vermont a explosé durant la primaire démocrate de 2016. Il profite largement d’un sentiment qui voudrait que son populisme de gauche soit le seul remède contre la posture populiste de Trump. Son mouvement progressif « Our Revolution », créé pour poursuivre la dynamique de sa campagne de 2016 se donne l’objectif d’investir des candidats aux élections locales dans tout le pays. Auparavant jugé trop « socialiste » pour une grande partie des démocrates, sa proposition de loi pour l’assurance maladie pour tous (« Medicaid for all ») a reçu le soutien de membres de tous bords de la gauche américaine. Il ne cache pas ses ambitions présidentielles et est sans conteste le favori pour la nomination démocrate en 2020.

2 - Kamala D. Harris

La sénatrice de Californie est considérée comme une vice-présidente potentielle pour n’importe quel candidat démocrate. Elle siège à la commission du Renseignement, chargée de l’enquête sur l’ingérence russe durant la campagne présidentielle de 2016, où elle s’est fait remarquer pour ses auditions coriaces, notamment celle du ministre de la justice Jeff Sessions.

3 - Kirsten Gillibrand

La sénatrice de New York a acquis la réputation d’une femme politique aussi intransigeante avec son propre parti que les démocrates peuvent l’être avec Trump. Elle a été la première à prendre position contre Al Franken, un sénateur démocrate accusé d’agressions sexuelles. Elle peut compter sur un franc soutien des électeurs de son État de New York où elle a remporté 72 % des voix aux dernières élections.

4 - Joe Biden

L’ancien vice-président de Barack Obama s’est confié plusieurs fois sur ses regrets de ne pas s’être présenté aux dernières élections. Il garde la conviction qu’il était l’un des seuls démocrates capables de battre Trump en 2016 et n’exclut pas de se présenter en 2020.

5 - Elizabeth Warren

Elizabeth Warren représentait la figure la plus visible de l’aile gauche des démocrates avant que la montée de Bernie Sanders ne lui fasse de l’ombre. Malgré tout, elle reste l’une des personnalités politiques les plus proéminentes du parti, idéalement placée entre le centrisme de Clinton et le socialisme de Sanders. Selon Politico, les levées de fonds pour sa campagne sénatoriale de 2018 dépassent largement les attentes pour une campagne locale, pouvant laisser présager une anticipation pour 2020. Actuelle sénatrice du Massachusetts, elle enchaine les meetings dans tout le pays pour soutenir l’élection d’autres sénateurs démocrates, entretenant d’un même geste son influence nationale.

6 - Cory Booker

Dès 2016, Cory Booker était pressenti pour être le candidat à la vice-présidence aux côtés d’Hillary Clinton. Sénateur du New Jersey, il est connu pour ses qualités d’orateurs et des discours ultra-positifs basés sur une « conspiracy of love », sa conviction étant que le bien triomphera toujours. Il travaille sa capacité à rassembler des élus de tous bords en portant le « REDEEM Act », une loi bipartisane pour améliorer le retour à la société d’anciens détenus.

7 - Oprah Winfrey

En un discours à la cérémonie des Golden Globes, la star des médias américains Oprah Winfrey a relancé les spéculations sur une potentielle campagne en 2020 auprès d’une base démocrate en mal de figures charismatiques. Redoutable communicante, elle laisse planer le doute sur le fondement d’une telle rumeur.

8 - Andrew Cuomo

Gouverneur de New York depuis 2011, il a été une figure importante de l’opposition au « travel ban » de Trump. Il est néanmoins souvent critiqué pour sa tendance à se rallier aux causes progressistes uniquement après qu’elles deviennent consensuelles. Selon The Hill, il a engagé deux « leveurs de fonds » hors de son État de New-York, une tactique qui présagerait d’une ambition nationale.

9 - Mark Zuckerberg

En 2018, Mark Zuckerberg s’est promis de visiter les 50 États américains avant la fin de l’année. Les photos de ses rencontres avec les citoyens américains lui donnent des allures de politicien en campagne. Selon Politico, l’équipe du président Trump l’a placé sur sa liste d’adversaires pour 2020 au même titre que des personnalités politiques confirmées comme Elizabeth Warren ou Sherrod Brown.

10 - Chris Murphy 

À 44 ans, Chris Murphy est l’un des plus jeunes sénateurs en poste aux États-Unis. Après la fusillade de l’école primaire Sandy Hook en 2012 dans son État du Connecticut, il est devenu l’un des plus fervents défenseurs du contrôle des armes à feu. S’il prétend se concentrer sur sa réélection au Sénat en 2018, les observateurs gardent un œil sur une possible candidature en 2020.

11 - Sherrod Brown

Dans le Washington Post, Sherrod Brown refait la campagne et se demande s’il aurait pu aider Hillary Clinton à gagner en étant son vice-président et convaincre l’électorat « blue collars » qui a manqué à la candidate. Sénateur de l’Ohio, s’il parvenait à se faire réélire dans ce « swing state » perdu par Clinton en 2016, il aurait un argument de poids pour les primaires démocrates.

 

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