idées

Ode aux « petits » festivals

Written by Rubin Steiner | Jul 9, 2018 9:58:49 AM

En 2017, près de sept millions de personnes sont allées dans un des 100 plus gros festivals d'été : il y a donc de fortes chances que vous soyez dans le lot, ou que vous connaissiez l'un de ces festivaliers. Gageons que la grande majorité d'entre eux se souviendront de l'ambiance, du confort du site, de la météo, de la bière, des déguisements de certains, des grandioses shows lumière et, bien entendu, auront apprécié vraiment quelques concerts. En tout cas, ce sont probablement les raisons pour lesquelles les gens vont dans ces festivals dont la démesure exponentielle en termes d'accueil du public dépasse aujourd'hui l'entendement. Parce que sérieusement, sommes-nous physiquement capables de voir plus de dix groupes dans la même journée, à cent mètres de la scène, derrière 50 000 personnes et de prendre du plaisir ? On serait tenté de dire que non, mais cette vision à froid n'est pas celle des festivaliers qui, s’ils vont d'abord écouter de la musique, se préparent surtout à vivre un fantasme de communion Woodstockienne, autrement dit être au même endroit que 100 000 autres personnes, et chanter, danser ou pleurer ensemble au même moment.

Des festivals à taille humaine

En accentuant le cliché, on pourrait même dire qu'aller à un festival aujourd'hui, ce serait se faire un petit week-end en famille un peu inédit, histoire de sortir de la routine et de se lâcher, voire de faire un peu les « foufous ». Mais le festivalier lambda n'existe pas, et certains vont encore dans les festivals pour écouter et découvrir des groupes. Nous les appellerons mélomanes avertis ou, plus institutionnellement, les amateurs de « musique vivante ». Ceux-là ne trouveront peut-être pas dans ces grands rassemblements de type « blockbusters » l'intimité nécessaire à leur plaisir. Et heureusement pour eux, la France regorge de petits festivals aussi chaleureux que spécialisés, c'est-à-dire dans lesquels le quota égalitaire de groupes de rock, d'électro, de hip-hop, de chanson et de world pour plaire au plus grand nombre n'est pas respecté. Ces petits festivals, dont les programmateurs à tête chercheuse se font plaisir, et donc au public par capillarité d’enthousiasme, sont à taille humaine, certains même ne dépassant pas le millier de festivaliers. Généralement peu ou pas sponsorisés et peu subventionnés, ces festivals ne s'affichent pas dans les pages des magazines ou sur les murs du métro, mais offrent malgré tout, eux aussi, de vrais moments de communion, et on peut compter sur eux pour de belles et inoubliables découvertes, des lieux insolites et une convivialité certaine.

Dépaysement assuré et programmation de haute volée

Ainsi, à Rivière, dans le Tarn, le festival Baignade Interdite investi le temps d'un week-end un ancien camping-parc d'attraction dans lequel les groupes jouent dans des piscines vides depuis des années. Dépaysement assuré et programmation de haute volée, entre musique traditionnelle expérimentale, folklore mondial et post-punk, cette année c'est Shopping, Gum Take Tooth ou Fumaça Preta qui feront office de têtes d'affiche. Dans les Monts d'Arée en Bretagne, c'est à St Cadou, minuscule village d'Astérix pas très loin de Carhaix, qu'une bande de jeunes passionnés organise chaque année la Fête du Bourg, avec toujours au moins une vingtaine de groupes (JC Satan, Duchess Says, Snapped Ankles, Balladur ou François Virot en mai dernier) et des concerts dans l'église, sur la place du village, dans une grange, le tout dans une bonne humeur infernale. À Lormes, au cœur du Morvan, dans la Nièvre, c'est le festival de la Cour Denis qui, fier d'avoir atteint grâce au bouche-à-oreille la barre des mille festivaliers l'an passé, offre une programmation pleine de panache pour ses dix ans (Meridian Brothers, DUDS et Chocolat Billy entre autres), traçant tranquillement son chemin sur les traces de festivals comme Sonic Protest ou Ideal Trouble à Paris, Less Playboy Is More Cowboy à Poitiers, Musiques Volantes à Metz, les Rockomotives à Vendôme ou encore MIMI à Marseille (et tant d'autres bien entendu).

De la même manière que le mélomane n'aime rien d'autre que de sortir des sentiers battus, la carte de « petits » festivals de France est elle aussi une manière de redécouvrir le charme des routes départementales, et de voyager à peu de frais dans la richesse d'un territoire plus que jamais maillé d'associations qui, au niveau de la programmation, n'ont rien à envier aux fameux « mastodontes » et qui, sans se ruiner à faire venir la tête d'affiche du moment, fédèrent un public haut en couleur, familial et très loin d'un autre cliché tenace : le public branché des grandes villes.

 

À découvrir :

Festival de la Cour Denis, du 27 au 28 juillet, Lormes (Nièvre)

Baignade Interdite, du 30 août au 3 septembre 2018 à Riviere (Tarn)

 

Photo : Baignade interdite, 2017 © ARIANE RUEBRECHT