La démission de Nicolas Hulot : dissidence disruptive et coup de com’

La démission de Nicolas Hulot : dissidence disruptive et coup de com’

Pour Maxime Ait Kaki, docteur en science politique et communicant, la démission surprise de Nicolas Hulot, annoncée en direct sur « France Inter » à l’insu de l’exécutif, rompt avec les stéréotypes policés de la com’ et redonne sens à la subversion politique dans un contexte de conformisme prononcé.

En annonçant sa démission en live sur les ondes d’une radio sans en aviser le chef de l’Etat, ni aucun autre membre de l’exécutif, Nicolas Hulot porte un coup rude à ce qui était donné à voir comme la stratégie infaillible de l’année II de la République en marche : les récents cafouillages sur le prélèvement à la source illustrent, avec éclat, cet état de fait. Mieux, il le piège sur le terrain de la communication, un atout censé être celui de la majorité présidentielle et qui s’avère désormais être un piège aux conséquences imprévisibles. Choix de la temporalité, dosage de la posture médiatique, rhétorique… la saillie de Nicolas Hulot flirte avec la maestria.

Le ministre démissionnaire n’est pas un vieux renard de la politique. Il le concède bien volontiers en reconnaissant à demi-mot avoir été, malgré lui, la caution « verte » du gouvernement. Une instrumentalisation dont il se résout à reconnaître les tourments, après coup, comme bien d’autres ministres de l’écologie avant lui. « C'est une accumulation de déceptions, mais c'est surtout parce que je n'y crois plus », lâche-t-il. La politique politicienne et les machinations des lobbyistes en tous genres ont eu raison de sa candeur politique, lui qui avait fondé tant d’espoirs dans la promesse environnementaliste d’Emmanuel Macron : « Make our planet great again ».

Une fronde version « loup solitaire »

Mais l’ancien animateur vedette d’ « Ushuaïa » est assurément un homme issu des médias. Il est parfaitement rompu aux mécanismes et aux codes qui les régissent. Car loin d’être le fruit d’un geste désemparé, son départ est un parfait coup de théâtre, pour ne pas dire, un coup de maître. Il obéit à une scénarisation bien préparée. Nicolas Hulot a choisi le timing. Alors que le gouvernement se prépare à passer à la deuxième étape des réformes qu’il a promises, sans doute l’humaniste qu’il est voulait-il signifier sa désapprobation au regard des inquiétudes que celles-ci soulèvent dans l’opinion, au-delà même de son réquisitoire sans concession contre les orientations libérales à l’œuvre. Une sorte de fronde version « loup solitaire », préfigurant en creux une disjonction de l’électorat écologiste d’Emmanuel Macron. Nicolas Hulot sait pertinemment que son acte, survenant tout juste un mois après l’affaire Benalla, aura des conséquences fâcheuses pour la majorité présidentielle. En ayant choisi la radio pour annoncer son départ, loin des projecteurs de la télévision, il prend à témoin l’opinion publique toute entière et indistinctement tout en cherchant à éviter les écueils d’une surexposition médiatique. Court-circuités, ignorés, les membres de l’exécutif découvrent la nouvelle en même temps que les autres Français. Le « en même temps » d’Emmanuel Macron se retourne contre lui. L’acte est « inélégant » et « discourtois », s’indignent certains ténors de la République en marche, mais ô combien osé, subversif et efficace.

Un « coup de gueule » en forme de « coup de com » 

Ce « coup de gueule », prenant la forme d’un « coup de com » exécuté avec éclat, donne un sens particulier à l’acte de Nicolas Hulot. En rompant avec la bienséance politique habituelle, il vient faire écho à la défiance politique ambiante. Son caractère improbable désavoue toute l’infaillibilité prédictive de la stratégie d’Emmanuel Macron. Au centre de celle-ci, c’est toute sa communication qui s’effiloche, laissant apparaître au grand jour son caractère surjoué et artificiel. La dissidence de Nicolas Hulot, sur fond de rentrée plus que maussade, annonce peut-être un tournant dans les mouvements d’humeur de l’opinion publique. La force transgressive de sa geste communicationnelle laissera des séquelles. Elle aura, à n’en point douter, une incidence majeure sur les recompositions politiques à venir. 

 

Docteur en science politique à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, Maxime Ait Kaki est communicant dans le secteur privé tout en poursuivant ses collaborations avec la presse. Il est également essayiste et a publié La France face au défi de l'identité (Editions du Cygne, 2017) et plusieurs autres contributions dans les revues Politique étrangère et Géopolitique africaine.

 

Photo : Nicolas Hulot © LUDOVIC MARIN/AFP