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Mystère du frère

Written by Alexis Brocas | Apr 27, 2018 2:11:36 PM

Comme le savent les millions de lecteurs de ses aventures masochistes  La petite marchande de prose et autres Fée Carabine  , Benjamin Malaussène, bouc émissaire professionnel, est un animal social : il n'advient jamais sans son clan. Une « tribu » de sauvages bellevillois qui ne sortait sans doute pas de nulle part : l'auteur, Daniel Pennac, avait dû grandir dans ce genre de phalanstère, familial, amical, joyeusement dysfonctionnel.Et comme nous l'enviions ! Daniel Pennac publie aujourd'hui Mon frère, essai émouvant sur son aîné, Bernard, dont il était si proche, et pourtant… « Je pourrais compter sur les doigts d'une seule main les secrets que nous avons échangés. »

Ainsi allait la vie dans le clan Pennac, « une tribu close sur elle-même, où rien, jamais, ne se disait d'intime, où l'on faisait de l'esprit pour n'avoir ni à parler de soi ni à s'inquiéter réellement de l'autre ». Une tribu qui forme les caractères ou qui les fige dans un jugement ? Daniel était le « cancre », Bernard « le préféré de sa mère ». À eux de se débrouiller avec. Dans Mon frère, l'écrivain met en parallèle l'histoire de son frère avec une version écourtée du Bartelby de Melville. Car Bernard était réellement bartelbyen quand il refusait « d'ajouter à l'entropie ». Il avait un travail prestigieux, mais choisi faute de mieux. Une épouse attirante, mais inapte à la gentillesse. Et un humour doux-amer auquel Daniel s'est alimenté. Il colore ainsi ce petit livre gorgé de toutes les émotions affleurant sous la série Malaussène.

 

À lire : Entretien avec Daniel Pennac : « La vie n'a pas la cohérence d'une instruction judiciaire »

 

 

MON FRÈRE, Daniel Pennac,
éd. Gallimard, 130p., 15 euros

 

 

Photo : © JOEL SAGET/AFP