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#MONUTOPIE : merci à vous !

Written by La rédaction du NML | Jan 5, 2018 4:27:46 PM

Soyons réalistes, demandons l'impossible ! L'urgence climatique, la crise démocratique, les déséquilibres sociaux, le retour de la guerre dans nos villes : tout autour de nous exige que nous choisissions une autre voie, un autre chemin, que nous dessinions un autre horizon. Le déclinisme nous paralyse, le renoncement nous condamne. Le pragmatisme veut donc que nous soyons utopistes ! Et si la seule façon de sauver le monde était de le réinventer ? 

L’utopie comme boussole

Dans mon utopie, nous avons retrouvé le sens de l’idéal et du courage. L’audace ne consiste pas à grimper l’échelle du pouvoir et à s’y maintenir, mais à oser nager à contre-courant pour des idées, pour des valeurs, pour les autres. L’impertinence, l’imagination, l’initiative, même le saut dans le vide, y sont davantage récompensés que le confort et la sécurité. Réhabilités, les idéalistes de tous âges et de tous bords s’ouvrent à nouveau de leurs visions, nous bousculent dans nos certitudes et nous poussent à avancer.

>> Lire la suite de sa tribune sur l’utopie en politique

Johanna Buchter,
Haut fonctionnaire, maître de conférences à l'IPAG (Université Paris II)

 

Sommes-nous tous endormis ?

Refusons-nous d’ouvrir les yeux ?

Ou sommes-nous simplement trop individualistes ?

Faudrait-il avoir connu froid, misère, souffrance, injustices, discriminations, pour ne pas être indifférents aux émotions d’autrui ?

Je rêve d’un monde dans lequel chacun retrouve en lui cette disposition naturelle qui semble avoir disparu au fil du temps : l’empathie ; cette petite porte ouverte sur la reconnaissance de l’existence de l’autre et le respect de sa différence.

Est-ce vraiment irréaliste ?

Viviane Morlot,
Professeur de danse

 

Que fleurisse un monde où meurt le bruissement des armes faucheuses qui jettent des masses d’hères sur les chemins épineux de l’exil.
Que se bâtisse un monde où une partie de notre famille humaine n’est pas étouffée par les velléités pécuniaires des grandes puissances qui flétrissent l’épanouissement des peuples et engrossent les pays avec des tyrannies.
Qu’une vague de démocratie engloutisse et noie les chênes enracinés des monstres assassins despotiques.

Chères nations ! Prenez soin de la jeunesse, racines du monde, qui ouvriront les portes du futur ! Parfumons le monde d’une atmosphère humaniste qui provoque l’évanescence des remugles bactériologiques déclinistes qui veulent faire des nations des lithopédions identitaires.
Que s’évanouissent les toxines de la haine pour qu’elles se muent en fragrances qui réunissent les hommes dans le temple béni de la fraternité.

Victoria Bruné,
Lycéenne en terminale

 

Pour faire une utopie

Il n’y aurait plus d’argent
Pour pouvoir compter son temps
Il ne resterait plus guère
Que la paix fin des tourments

Il n’y aurait que l’instant
Où chacun vit son présent
En vers libres au travers
D'une saison au printemps

Sonia Sautour

 

« Mon utopie est celle où l’utopie reprendrait ses droits »

« Chaque génération, disait Camus dans son discours de réception du prix Nobel de la littérature en 1957, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse »

Nous sommes en décembre 2017 et cet extrait n’a jamais eu autant de sens qu’à notre époque. Une époque où domine le déclinisme et où l’intolérance reprend ses marques. Dans son essence même, le terme de déclinisme est passéiste, il renvoie et enferme les générations actuelles et futures dans un présent et un avenir où ne dominera qu’un état de marasme perpétuel puisque ne faisant plus partie du passé glorifié. 

« C’était mieux avant », cette phrase ainsi que ses déclinaisons et variantes apparaissent chaque jour à travers les analyses des apôtres du déclin actuel qu’ils opposent à un passé souvent mystifié. L’utopie est devenue un gros mot, la bien-pensance – à qui, paradoxalement, nous ne trouvons pas de terme s’y opposant dans le discours de ses contradicteurs, aussi.

Certes, l’hier a façonné l’aujourd’hui, c’est grâce aux multiples révolutions, au siècle des Lumières, aux premiers philosophes, aux écrivains d’antan qu’aujourd’hui nous sommes à cette place, que nous jouissons de ce présent, de ces libertés et pour finir de la République avec l’idéal qu’elle porte. Oui, c’est en très grande partie grâce à eux que nous jouissons de nos droits actuels, celui d’écrire librement tel que je le fais à ce moment.

Dans un certain sens, nous avons tous un côté passéiste, moi y compris - mais je ne m’y enferme pas -, dans la mesure où nous reconnaissons la valeur ajoutée de ce que nos ancêtres ont apporté, partout dans le monde. Avec eux naissait l’idée d’utopie. Le problème de la génération qu’on entend le plus souvent radoter des prêches déclinistes, c’est qu’elle a mis de côté ce que l’avenir pouvait apporter de bien. Elle a amalgamé d’une manière simpliste utopie et rêve faisant d’elle un domaine que le réel n’atteindra jamais. Or, l’avenir nous promet beaucoup de surprises et c’est grâce aux rêves de société meilleure, plus égalitaire et encore plus libre qu’elle ne l’est, que nous pouvons le faire.

Enfermée dans une pensée qui lui a été jetée à la face, la génération d’aujourd’hui – générations ? – ne rêve plus, n’a plus foi en l’utopie. Elle souhaite un avenir florissant mais elle est sous l’injonction de ceux qui ne se rassasient pas de lui expliquer que l’utopie a fait son temps, que l’utopie n’est en réalité qu’un imaginaire idéalisé, que, le plus souvent, la réalité reprend ses droits, que, pour ne pas être déçue, elle devrait – ou plutôt devra –  regarder dans le rétroviseur et de seulement s’inspirer de ses ancêtres. Oui, il faut s’en inspirer mais il faut aussi avancer, en prenant en considération nos acquis et ce qu’on souhaite acquérir, pour ne pas dire devenir, en tant que société moderne.

Quel est le mal à avoir des rêves de société ? Mon utopie est celle où l’utopie reprendrait ses droits, reviendrait sur le débat public, où les rêves se confrontent, où l’intolérance se diluerait dans l’espace, celui d’un avenir commun où le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie, les violences sexistes, les inégalités, pour ne citer que ces fléaux qui gangrènent nos sociétés, cessent, disparaissent pour ne laisser place qu’à ce que porte l’idéal républicain, car ce sont nos idéaux qui nous font vivre. Liberté, égalité, fraternité et, avec elles, la laïcité. Ces valeurs relevaient autrefois de l’utopie, mais elles sont nées, elles survivent et elles persisteront tant que nous les défendront, tant que l’idée d’utopie qui a fécondé ces idéaux continue de germer dans nos pensées, pour faire naître ses fruits qui ne peuvent qu’apporter des solutions dans un monde auquel on présage la défection. Le monde tel qu’on le connaît et tel qu’on le souhaite avancera, car l’utopie c’est ne pas se contenter du présent, c’est faire que l’avenir soit meilleur que ce qu’on l’envisage.

J’ai commencé en citant Camus, je finirai par paraphraser Simone de Beauvoir qui disait qu’« exister, c’est oser se jeter dans le monde. Osez rêver, osez l’utopie. »

Tazoumbite M. Wacim,
Docteur en Pharmacie 

 

Illustration : Camille Teixeira Pinheiro pour Le Nouveau Magazine littéraire