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Monsieur le président, protégez les femmes !

Written by Choisir la cause des femmes | Jun 23, 2018 8:01:58 AM

Le procès de Bobigny en 1972 est l’un des tournants historiques qui permit aux femmes d’accéder à la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse par la Loi Veil de 1975.

Ce procès mettait au banc des accusées Marie-Claire Chevalier, 16 ans, pour avoir pratiqué un avortement clandestin. L’adolescente était jugée devant un tribunal pour enfant ; sa mère et ses amies, complices de ce qui constituait un délit au regard de la loi de 1920, devant un tribunal correctionnel.

Avec le soutien du mouvement féministe et lors d’un procès volontairement médiatisé notamment par le « Manifeste des 343 salopes », Gisèle Halimi et Choisir la cause des femmes – l’association qu’elle fonde à cette occasion avec Simone de Beauvoir – obtinrent que les peines prononcées fussent assorties de sursis rendant, par suite, la loi de 1920 inapplicable dans les faits.

Des reculs du droit à l’avortement partout en Europe

Cependant, la protection législative du droit à l’avortement procurée par la Loi Veil ne constitue pas un rempart suffisant contre les attaques récurrentes de ses adversaires, les ultra-conservateurs de la droite traditionnaliste et extrême pour lesquels les femmes ne devraient pas pouvoir choisir librement de donner ou non la vie.

En France, mais aussi partout en Europe, les reculs de l’accès au droit des femmes de donner la vie sont patents.

En France, l’accès à l’avortement n’est pas aussi simple qu’il y paraît pratiquement, les praticien-ne-s militant-e-s, nombreux-ses dans les années 70 et 80, tendent à disparaître ; certains médecins et pharmacien-ne-s n’hésitent pas, même, à détourner des femmes du recours à ce droit. Enfin, se multiplient sur Internet des sites qui, sous couvert de venir en aide aux femmes désireuses d’avorter, les dissuadent de le faire.

Faire preuve de courage politique

Les tenants d’une interdiction du droit à l’avortement et d’une abrogation de la loi de 1975, tentent régulièrement d’attribuer un statut légal au fœtus. La loi de 1975 ne doit ainsi sa survie qu’à la vigilance du mouvement féministe français pour lutter contre ces atteintes. Mais ce qu’une loi a fait une loi peut le défaire.

En Europe, nombreux sont les pays où le droit à l’avortement a été retiré aux femmes sous l’influence de gouvernements réactionnaires.

Ainsi, si le 8ème amendement de la Constitution irlandaise interdisant le recours à l’avortement a été abrogé depuis le référendum du 25 mai dernier, ce revirement historique n’est qu’une exception au sein de l’Union européenne. A Malte, à Chypre et en Pologne, l’avortement est toujours interdit et il est soumis à des conditions véritablement drastiques dans plusieurs autres pays de l’UE. Dans d’autres pays encore, c’est l’accès à une structure qui permette d’avorter de façon libre et gratuite qui fait défaut. Bref, dans peu de pays d’Europe, le recours à une IVG va de soi.

Dans ce contexte éminemment préoccupant, nous demandons solennellement au Président Emmanuel Macron de garantir dans la Constitution française, à l’occasion de la révision constitutionnelle à venir, l’accès sans condition à l’interruption volontaire de grossesse libre et gratuit dans un délai légal qu’il convient de définir précisément.

 

Photo : © Alain Pitton/NurPhoto