Manifeste pour un réveil humaniste

Manifeste pour un réveil humaniste

La parole à nos lecteurs : face aux politiques migratoires répressives et aux dérives identitaires, Victoria Bruné, lycéenne, appelle à « un printemps intellectuel et humaniste ».

L’an 2018 naît en enterrant une année encore ébranlée par les répliques d’une situation géopolitique erratique qui se répercute au sein des États. Cette décennie est encore secouée par les guerres civiles aux répercussions internationales, les flux de migrants fuyant le feu de la guerre et de la tyrannie, à la recherche d’un nid de quiétude, mais qui se heurtent hélas à l’égoïsme obscène de nos dirigeants déguisés en apôtres de la paix et de la diversité.

L’Europe, dont une partie est contaminée par la bactérie de l’extrême-droite, se claquemure face à cette déferlante de femmes, d’hommes et d’enfants à la recherche d’un refuge après avoir traversé un chemin épineux. Cette Europe, désunie dans la diversité, tient tant à rejeter ces êtres humains haïs, quitte à se prostituer en se rendant complice de l’esclavage qui pullule dans un État failli… L’accord passé entre l’Italie et des milices libyennes pour retenir les migrants en Libye en est un affreux exemple. Ces mêmes milices gangrénées par le racisme poussent des malheureux dans la spirale infernale de l’esclavage, cette pratique qui persiste, souvent avec l’aval de gouvernements à l’instar du Soudan.

En France, au pays des droits de l’Homme, le discours humaniste d’Emmanuel Macron contraste avec la politique migratoire répressive, incarnée par l’ignoble circulaire de Gérard Collomb qui ne cesse de grincer des horreurs aux émanations extrême-droitistes. C’est au pays des droits de l’Homme que des migrants qui survivent dans l’hiver voient leur maigre abri de fortune lacéré par des policiers, en contradiction avec le beau triptyque inscrit sur le fronton des commissariats où ils officient. Ce triptyque, se retrouve perverti et entaché sous l’émergence du bacille du déclinisme haineux qui peint un faux passé idéalisé de la France et l’enferme dans un lithopédion identitaire. Des médias ouvrent leurs portes à ces faux penseurs qui, tels des serpents à sornettes, distillent leur venin sur des plateaux de télévision ou dans les colonnes de journaux. Un silence intellectuel pesant se fait entendre face à cette prolifération identitaire qui a contaminé une partie de la France durant la dernière campagne présidentielle. Les faibles cris d’horreur face à l’accession de l’extrême-droite au second tour sont une triste preuve de cette léthargie intellectuelle. En dépit du Titanic médiatique et électoral de l’extrême-droite, celle-ci semble faire son retour par l’émergence d’un barde thuriféraire de rhétoriques identitaires à la frontière du rejet de l’autre…

En parallèle, des nations, des populations innocentes agonisent sous l’orage de feu d’une caste motivée par la soif de gain, de pouvoir et sous couvert de la religion. Ces tueries suscitent peu, voire pas, de réactions des chancelleries plus soucieuses d’entretenir la flamme de leurs amours diplomatiques que d’assurer la paix dont ils se font pourtant les messies. Dans le pire des cas, ces souffrances sont accentuées par le vampirisme de grandes puissances géopolitiques. Hélas, faibles sont les vagues pacifistes semblables à celles des années 1970 et qui ont secoué plus d’un gouvernement.

Face à la croissance de ces monstres, les plumes des intellectuels se font moins fertiles qu’antan. Il fut un temps où une vague humaniste, incarnée par Jean-Paul Sartre, André Glucksmann et d’autres intellectuels, se mobilisait en faveur des réfugiés d’Asie du Sud-Est fuyant le feu de leur pays par bateau dans les années 1970. Il fut un temps où une vague pacifiste s’élevait contre les atrocités de la guerre du Vietnam, menée par une puissance dont l’étiquette de « civilisée » s’effrite. Il fut un temps où était publié « Le manifeste des 121 »  pour s’élever contre les atrocités de la guerre d’Algérie.

Face à un monde vicié par les inégalités, le non-respect des droits, l’insécurité, les conflits… il est de notre devoir de se mobiliser, de susciter un printemps intellectuel et humaniste, d’être un rempart contre les virus intellectuels pandémiques et les maux qui rongent notre monde. L’écriture est l’une de ces armes puissantes qui assiègent l’inextinguible et concourent au changement du monde.

Les philosophes des Lumières, Olympe de Gouges, Victor Hugo, Émile Zola, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Albert Camus, Gandhi, Martin Luther King, pour ne citer qu’eux, ont laissé un héritage et les retombées précieuses de leurs engagements. Les écrits ont soulevé des prises de conscience et provoqué des actes et des révolutions.

« Agir, c’est modifier la figure du monde » disait Sartre. Agir, c’est prendre fait et cause contre les causes iniques, constituer une pression capable d’ébranler un système défectueux. Agir, c’est tout simplement impulser une marche pour le changement du monde. Agir, c’est tout simplement entretenir une flamme humaniste.

 

Victoria Bruné est à l'origine d'une pétition pour l'arrêt des bombardements au Yemen.

« En tant qu'humanistes, nous avons le devoir moral de secouer les consciences politiques rendues apathiques par le pouvoir de l’argent et une impuissance supposée ; comment ne pas s’indigner alors que le pays des droits de l’Homme vend des armes à l’Arabie Saoudite qui s’en sert pour tuer des enfants yéménites ? Comment ne pas s’indigner à la vue de ces enfants rendus faméliques par la pire crise humanitaire au monde ? »

 

Photo : Bogomil Mihaylov on Unsplash