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Le petit Bottin de la contre-culture

Written by Patrice Bollon | Aug 24, 2018 2:33:00 PM

Jean Rouzaud n’est pas seulement le dessinateur de La Fin des branchés, cette bande dessinée où il croquait dès 1983 les ridicules de ceux qui deviendront les « bobos ». C’est aussi un discoureur universel qui en sait beaucoup et dans de nombreux domaines. Sa Contre-culture ne se veut pas un dictionnaire, et c’est mieux ainsi car plus spontané, plus libre. Ce sont ses chroniques faites sur Radio Nova à l’occasion d’une exposition ou de la parution d’un livre, d’un CD, d’un DVD, reprises selon un ordre alphabétique.

D’Anger (Kenneth) – le cinéaste de Scorpio Rising – à Zappa (Frank) via Bashung (Alain), Despentes (Virginie), Haring (Keith), etc., sans oublier les Hell’s Angels, les Slits et les Étrusques, il en sort un excellent panorama de la culture up to date. Les entrées Cioran ou Kierkegaard sont bien un peu indigentes. Mais, pour le reste, Jean Rouzaud a le sens de la synthèse comme de la formule. Et on apprécie sa liberté de ton. On n’est pas obligé d’être de son avis quand il descend Duchamp. Mais il en réhabilite plein d’autres : Derain (André), Picabia (Francis) ou, en musique, Moondog. Parce qu’il est du milieu, le chroniqueur a vu le dessous des cartes. Sa notule sur Alain Pacadis est un petit chef-d’oeuvre de démystification : le dandy du Palace était un clochard pique-assiette, qui ne se lavait jamais et avait fini par énerver tout le monde. Présenté sous un package ironique (s’apparentant à un petit Bottin jaune), Contre-culture est le vade-mecum intellectuel de l’individu contemporain, si tant est que celui-ci en soit vraiment un.

 

Contre-culture, Jean Rouzaud
Éd. Nova, 512 p., 16 €.

 

 

 

Photo : Jean Rouzaud, enfant © Éditions Nova