« Chacun pour soi » : nouvelle devise du PS ?

« Chacun pour soi » : nouvelle devise du PS ?

Alors que le patron du PS met en garde contre les frondes, un constat s'impose : un an après la déroute électorale, les clubs et courants se multiplient au sein du parti. Et pour le journaliste François Bazin : « Quand fleurissent les clubs et autres cercles particuliers, ce n’est pas forcément que revient le temps béni des cent fleurs… »

Ce genre d’information ne fait plus que des « brèves », comme on dit dans la presse. Les trois candidats qui ont disputé à Olivier Faure, au printemps dernier, le poste de Premier secrétaire vont lancer tour à tour leur propre boutique, club ou cercle de réflexion, en marge du PS. Pour Stéphane Le Foll, ça s’appellera « Progresser » et pour Emmanuel Maurel, « Nos causes communes ». Luc Carvounas n’a pas encore révélé le nom de son enfant. Tout cela, jusque dans les choix des mots, dit l’immense détresse d’un parti qui hier était roi et dont la dernière ambition est moins de progresser que de pouvoir survivre tant divergent les causes qui l’animent désormais.

Un survivant abimé mais pas de relève

On peut dire autrement ce constat de faillite. Un an après le big-bang macronien, la seule voix qui porte encore la parole – au choix – du PS, de la gauche sociale-démocrate ou de la gauche de gouvernement est celle de l’homme qui l’a conduit au désastre : François Hollande. L’ancien Président triomphe dans l’édition. Son livre est sa bouée. Il écrase tout si tant est qu’on puisse nommer ainsi ce qui n’est que débris.

Un survivant abimé mais pas de relève. Généralement, c’est l’inverse après une présidentielle perdue. Les principales figures de l’ancien quinquennat ont déserté la scène socialiste. Les ex-Premier ministres, ceux dont on fait d’habitude de futurs présidentiables, sont soit à la retraite (Jean-Marc Ayrault), soit ailleurs (Manuel Valls), soit nulle part (Bernard Cazeneuve). À un rang inférieur, Arnaud Montebourg fait du miel, Vincent Peillon des thèses, Pierre Moscovici des comptes à Bruxelles et Najat-Vallaud Belkacem des ronds dans l’eau dans une boîte de sondages. Quant à Christiane Taubira, qui est il est vrai d’une autre obédience, elle se fait désirer. Comme toujours !

La dispersion des leaders socialistes, miroir de celle des électeurs 

Depuis un an, la principale activité du PS d’Olivier Faure a été d’avoir déménagé pour renflouer ses caisses. Il est passé de Solférino – une victoire d’Empire – à la rue Molière – auteur de comédie. Sa force, autrefois, était d’être un parti d’élus plus que de militants. C’est bien le diable si ces derniers sont encore 50.000. Au Parlement, les deux petits groupes parlementaires ne sont que des comparses difficilement audibles, à l’ombre des Insoumis. Ne restent en lice, dans les conseils départementaux ou régionaux et surtout dans les mairies, que des hommes et des femmes soucieux de cacher leur drapeau dans leur poche en attendant, sous de meilleurs auspices, les prochaines échéances électorales. L’espoir fait vivre : pour les européennes de juin 2019, le PS est actuellement pointé à moins de 5 %. Bientôt, on se prêtera à penser que le score de Benoit Hamon à la présidentielle n’était pas si mauvais !

Par quelque bout qu’on le prenne, le problème du PS reste le même : à quoi sert-il quand ceux qui se reconnaissent encore dans les idées qu’il porte ont largué les amarres ? En juin dernier, 70 % des électeurs d’Emmanuel Macron ayant voté Hollande en 2012 disaient lui conserver leur confiance. Tout est là et il faudrait avoir la foi chevillée au corps pour imaginer qu’il suffirait que s’inverse la tendance, dans les années à venir, pour que ces électeurs infidèles retrouvent du même coup leurs anciennes habitudes. La dispersion des leaders socialistes, en ce sens, fait écho à celle de leurs électeurs supposés. Chacun pour soi, dans son coin de préférence. Quand fleurissent les clubs et autres cercles particuliers, ce n’est pas forcément que revient le temps béni des cent fleurs.

Ces socialistes malades de la dispersion n’ont plus leur destin

Pour retrouver un rôle, il faut avoir un statut. Celui du PS, sous la Cinquième République, était d’être le parti dominant de la gauche, producteur exclusif de présidentiables crédibles, apte à ce titre à figurer de manière certaine au second tour de la compétition élyséenne. Cette époque n’est plus. Pour survivre, façon radicaux de gauche, il convient à défaut d’avoir des alliés, donc un dispositif d’alliances dûment accrédité. On en est loin ! La génération Hamon, en faisant sécession, s’est repeinte en vert sans être même capable de séduire ce qui reste d’EELV. Venue souvent du rocardisme, elle rejoue le PSU, sans les idées. La tentation d’Emmanuel Maurel et de ses amis, à l’inverse, est de renouer avec la stratégie mitterrandiste d’union de toutes les gauches, mais c’est confondre Georges Marchais et Jean-Luc Mélenchon, sans voir que ce dernier ne veut voir qu’une tête – la sienne –, quitte à s’extraire d’un clivage gauche/droite qu’il juge mortifère pour ses intérêts boutiquiers.

Pour tous ceux qui au PS ne veulent pas trancher, ne restent donc que le non choix et l’attente, dont on ne sait pas s'ils ont jamais fait office de stratégie durable. Ces socialistes malades de la dispersion et qui roulent – mais vers quoi ? – n’ont plus leur destin entre leur main et c’est sans doute le plus grave. C’est l’événement qui décidera pour eux. à ce jeu, force est de reconnaître que le plus doué d’entre eux et, comme par hasard, celui qui seul surnage, s’appelle François Hollande dont l’unique rendez-vous est en 2022, quand, pour la dernière fois, le vieux monde se mesurera au nouveau, quitte à se contenter, au bord du gouffre, d’une de ces synthèses qui font, paraît-il, le charme fané du PS éternel…

 

Photo : © GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP